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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/615

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BÉRAUD. — LE MOI COMME PRINCIPE DE LA PHILOSOPHIE 605

cesse des changements dans mon existence, je puis simplifier les données de notre problème. Au lieu de dire, par exemple : « J'existe et je change sans cesse, » je dirai : « Il y a de Y être et des change- ments dans l'être. » Peu importe en effet, quant à présent, que l'être soit moi ou toute autre chose que moi.

Il me reste à faire l'application des principes établis, et à chercher quelle est la nature de l'être.

��II

La première conséquence qui se déduit de ces principes, c'est la réalité de la durée. Cette durée, je n'ai besoin de faire aucun raison- nement pour savoir qu'elle existe; je la perçois par la conscience comme je perçois tous les phénomènes psychologiques dont elle est la condition. Aussi n'aurais-je jamais songé à l'établir par aucun argument, si je n'avais su qu'il est des systèmes qui la nient. C'est contre ces systèmes que je vais essayer de prouver son exis- tence.

Il y a de l'être, ai-je dit, et des changements dans l'être ; en d'au- tres termes, l'être passe par une série de modes successifs non iden- tiques les uns aux autres. Nier la succession, et par conséquent la durée, ce serait prétendre que tous ces modes si différents les uns des autres sont simultanés ; ce serait soutenir que, dans un même objet, la même chose est à la fois et n'est pas.

Prenons des exemples pour mettre ce raisonnement en évidence : j'éprouve à l'heure qu'il est une émotion de joie et d'espérance. Tout à l'heure, au contraire, j'éprouvais un sentiment de tristesse et de découragement. Eh bien, nier la durée et la succession, c'est ad- mettre que je suis à la fois et sous le même rapport, sous l'influence de la joie et de la tristesse , du découragement et de l'espérance. Autre exemple: voici un corps qui tout à l'heure se dirigeait à droite et qui maintenant se dirige à gauche. Nier la succession et la durée, c'est soutenir que ce corps se dirige à la fois à droite et à gauche ; c'est poser en principe l'identité des contradictoires; c'est renverser toute vérité et toute logique. Si l'on ne veut pas tomber dans de pareilles absurdités, il faut donc admettre la réalité de la durée.

La durée est-elle éternelle? Pour résoudre cette question, il nous faut ici avoir recours à un principe aujourd'hui presque universelle- ment adopté, que nous allons néanmoins essayer d'établir en quel- ques mots : c'est le principe de l'impossibilité du nombre actuelle- ment infini.

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