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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/61

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vers les membres, à travers les articulations : poussée d’abord en avant, elle est refrénée, et, ramenée en arrière, elle est réduite au repos [1]. »

Une seconde preuve de l’opposition entre le mouvement volontaire, que nous révèle l’effort, et le mouvement fatal des organes, c’est, suivant les épicuriens, le contraste qui existe parfois entre l’élan immédiat de la volonté et son exécution plus lente dans la matière rebelle : tous les êtres animés en sont un exemple, « Ne voyez-vous pas, quoique la carrière soit devant lui ouverte en un instant, que l’impétuosité ardente du coursier ne peut s’élancer aussi soudainement que le désire l’âme même ? C’est que toute la masse de la matière, à travers le corps entier, doit être recueillie, rappelée dans tous les membres, pour qu’une fois rassemblée elle puisse suivre l’élan de l’esprit [2]. »

Voilà les faits d’expérience intime invoqués par Épicure et qui nous obligent à reconnaître en lui, de la manière la plus inattendue, un prédécesseur de Maine de Biran.

Maintenant, de ces faits observables, par une induction fondée sur le principe de causalité, Épicure va passer à la considération de l’univers. Il n’y a rien sans cause, et quelque chose ne peut pas venir de rien, voilà le principe. Donc le pouvoir qui est en nous doit avoir sa cause et se retrouver dans les germes des choses, dans les « semences de vie » ou atomes ; donc il ne faut plus se représenter les atomes comme inertes et morts, mais comme portant en eux la puissance de se mouvoir. « C’est pourquoi dans les germes des choses il faut avouer qu’il existe également, outre le choc et

  1. Lucr., II, v. 269.
    « Ut videas initiura motûs a corde creari,
    Ex animique voluntate id procedere primùm,
    Inde dari porro per totum corpus et artus.
    Nec simile est ut quum impulsï procedimus îctu,
    Viribus alterius magnis magnoque coactu :
    Nam tum materiam toiius corporis omnem
    Perspicuum est nobis invitis ire rapique,
    Donicum eam refrenavit per membra voluntas.
    Jamne vides igitur quanquam vis extera multos
    Pellit et iûvitos cogit procedere ssepe
    Præcipitesque rapit, tamen esse in pectore nostro
    Quiddam, quod contra pugnare obstareque possit ;
    Cujus ad arbitrium quoque copia materiaï
    Cogitur interdum flecti per membra, per artus,
    Et projecta refrenatur, retroque residit ? »
  2. Ibid., II, v. 263.
    « Nonne vides etiam, patefactis tempore puncto
    Carceribus, non posse tamen prorumpere equorum
    Vim cupidam tara desubito, quam mens avet ipsa ?
    Omnis enim totum per corpus materiaï
    Copia couquiri débet, concita per artus
    Omoes, ut studium mentis connixa sequatur. »