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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/581

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SÉAILLES. — L ESTHÉTIQUE DE HARTMANN 571

croyances de sa jeunesse il ne lui reste qu'une théorie panthéistique, qui laisse une large place au rôle des esprits dans la nature et aux efforts de la magie, mais qui n'admet plus la survivance des âmes individuelles, qui ne regarde la mort et le suicide que comme une chute dans le néant.

Quels sont maintenant les penchants qui pouvaient entraîner Faust vers la vie pratique, à laquelle le poussaient déjà et son abandon et son dégoût de la science ! Lui-même reconnaît la lutte intérieure qui se livre en lui et le déchire, quand il dit à Wagner : « Deux âmes habitent dans ma poitrine, l'une veut se séparer de « l'autre; Tune, vive et passionnée, tient à ce monde et s'y cramponne « par les organes du corps; l'autre s'échappe violemment des « ténèbres vers les espaces des hautes espérances. » Entre le monde des réalités sensibles et celui de l'idée pure, il y a le monde de la beauté, reflet symbolique de l'idéal. Faust ne parle pas ici de cette vie intermédiaire, mais il n'est pas moins entraîné vers elle que vers les deux autres, comme l'attestent son amour de la nature, et son admi- ration pour les formes pures de l'Hélène antique. Il commence par la vie spéculative, il traverse le monde sensible et le monde de la beauté, puis finit par l'effort pratique. C'est la route que suit ou plutôt, espérons-le, qu'a suivie jusqu'ici le développement de l'esprit allemand.

Un des traits les plus frappants du caractère de Faust c'est une sorte de fermentation (Gàhrung) intérieure, un trouble perpétuel, une sensibilité toujours en mouvement, une inconstance pleine de contra- dictions. Cette ardeur de la passion a chez lui quelque chose de démesuré : il est démesuré dans la sensualité, dans l'effort vers des fins pratiques, comme il l'a été dans son désir de tout savoir... Je ne suis pas plus proche de l'infini, s'écrie-t-il, quand il désespère d'atteindre la vérité absolue. Cette ardeur violente, « ce déchaîne- ment de Titan » apparaît dès sa première rencontre avec Marguerite, quand il veut la posséder la nuit même, dans sa colère contre Méphistophélès, quand il apprend que Marguerite est en prison ; et jusqu'au bord de la tombe sa volonté tyrannique éclate d'une façon terrible, comme une flamme qui jette une dernière lueur avant de s'éteindre. Dans tous ses actes (amour pour Marguerite — amour de la nature — poursuite d'Hélène — expropriation des deux vieillards) il montre une sensibilité maladive : il est en proie à de véritables crises, ses sentiments sont des élans d'enthousiasme qui s'usent par leur propre violence, et il est semblable à un feu qui ne brillerait que par intermittences.

Quand Faust découragé renonce à la science, quelle est la fin

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