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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/54

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44 REVUE PHILOSOPHIQUE

mouvement — quoiqu'il les ait reprises et développées à nouveau. Pour apprécier son œuvre, il faut tout d'abord la replacer dans le milieu où elle a paru. A cette époque, en France, nulle connaissance des travaux étrangers, horreur instinctive de toute physiologie : la psychologie régnante était un mélange bizarre de Maine de Biran et de Garnier. « La psychologie, dit Stuart Mill dans l'article que nous avons cité, est nominalement beaucoup plus cultivée en France qu'en Angleterre, vu qu'elle fait partie du programme de tous les établissements publics d'instruction supérieure, lesquels instruisent une proportion beaucoup plus grande des classes aisées que nos Universités. Mais la doctrine officielle de ces établissements est la philosophie surannée (effetë) de Royer-Collard, Jouffroy et Cousin

— dénuée maintenant de ce stimulant que le génie et la vigueur des fondateurs de cette école avaient donné à leurs doctrines. La longue suprématie de Cousin sur l'Université de France a abouti à placer dans toutes les chaires de philosophie des disciples deux ou' trois fois au-dessous de lui et des Allemands ; d'où ce résultat pratique de détourner complètement de l'étude de la psychologie la plupart des esprits qui ont reçu quelque culture scientifique.

— M. Comte tient pour complètement déraisonnable toute étude scientifique de l'esprit, qui ne se fait pas au moyen du cerveau ; nous pourrions même dire du crâne. A la vérité, ceux de ses adhé- rents qui se rattachent à M. Littré, ont rejeté ce préjugé de leur maître avec bien d'autres, et il se produit ainsi des lecteurs pour les psychologues anglais et pour M. Taine. Le livre de celui-ci est le premier essai sérieux pour remplacer par quelque chose de mieux la psychologie officielle. Son livre a une fraîcheur, une vigueur et un esprit scientifique dont les livres français sur l'esprit nous avaient depuis longtemps déshabitués, et quoique son influence finale doive être grande, il est probable que pour le présent il ne sera pas accepté avec faveur par les représentants de la psychologie en France. » Ce jugement d'un homme qui avait assez vécu chez nous pour nous connaître et qui, en sa qualité d'étranger, était libre de nos préjugés, valait la peine d'être rapporté. Il donne la note exacte de l'opinion qui régnait il y a quelques années, mais qui s'est modifiée depuis, et il donne en même temps la mesure de l'effort qu'a dû faire M. Taine pour rompre avec les habitudes de son milieu.

Prise en elle-même, sa psychologie se présente comme un tout complet : non parce qu'elle traite toutes les questions, mais parce que son programme ne laisse en dehors aucun phénomène de l'ordre mental. — Nul n'a mieux montré que M. Taine les rapports de la psychologie générale et de la psychologie spéciale ; et en assignant à

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