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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/519

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perpétuels, qu’ils dissimulent du reste avec le plus grand soin, et sont bientôt convaincus que ces changements sont le résultat de leurs réflexions et de leur volonté.

Il ne faut pas oublier pourtant que, même chez les caractères les plus changeants, il y a un fond de qualités ou de défauts qui ne se modifient guère. Ce fond représente, en effet, des associations héréditaires de sentiments que l’individu apporte en naissant, et qu’il est aussi impuissant à chasser qu’il le serait à modifier son tempérament ou la forme de son corps. La personne que j’ai citée plus haut était dans ses idées, ses sentiments, ses résolutions et sa conduite d’une mobilité extrême, mais l’hérédité avait mis en elle un fond de vanité, d’égoïsme, de cupidité et d’astuce qui reparaissait sans cesse, malgré tout le soin apporté à le dissimuler. C’est à reconnaître ce fond peu variable que dans les cas semblables est forcément bornée la science de l’observateur.

Chez les sujets peu impressionnables, chez ceux dont l’imagination constructive est peu développée, ou encore chez ceux qui possèdent par hérédité quelque disposition saillante (persévérance, faiblesse, orgueil, etc.), qui imprime une certaine direction constante à la conduite, le diagnostic du caractère devient relativement facile. Les associations d’idées et de sentiments se forment lentement dans leur esprit, mais une fois formées, elles ont une assez grande solidité, et il en résulte dans leurs opinions, leurs sentiments et leur conduite une certaine constance.

On voit par ce qui précède que la détermination du caractère et de la conduite présente des difficultés très-variables suivant les individus observés. Ce n’est qu’exceptionnellement, cependant, qu’elle présente une complication insurmontable. Tout se tient dans l’organisme et de même que par suite de corrélations physiologiques existant entre les diverses parties d’un animal, un naturaliste peut, par l’examen d’une seule partie, telle qu’une dent, reconstituer non-seulement l’aspect extérieur, mais encore le genre de vie et les habitudes de l’animal d’où elle provient, de même aussi il est fréquemment possible, quand on connaît certaines particularités du caractère, d’en déduire toutes les autres. Ce travail de reconstitution est surtout facile chez les individus possédant des dispositions dominantes (vanité, bonté, faiblesse, etc.), qui impriment une direction générale à la conduite.

Cette étude des caractères m’a semblé toujours des plus intéressantes, et les hasards de la vie m’ayant placé en présence d’individualités fort variées, j’ai pu me convaincre qu’il était facile, dans