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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/515

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pas le sommeil à un dur labeur, à quel point il est inutile de continuer une existence semblable ; où elle dira au savant combien est vain le but qu’il poursuit et vaines les œuvres qu’il produit ; le jour enfin où il n’y aura plus ni dévouement, ni pitié, ni charité, ni amour, ni illusion d’aucune sorte, où l’humanité reconnaîtra, comme le dit l’Ecclésiaste, que tout est vanité, et où la seule puissance restée debout sera la froide déesse de la raison, ce jour-là tous les ressorts de notre activité seront brisés, notre heure sera venue et les temps seront accomplis pour nous.


II

L’importance de l’état du caractère sur la genèse de la volonté a été méconnue par la plupart des psychologistes ; aussi la science du caractère et des signes extérieurs le révélant n’a pas été ébauchée encore. À l’exception des essais de Gall et de Lavater, on citerait à peine deux ou trois auteurs qui lui aient consacré quelques pages. Il faut bien reconnaître pourtant qu’au point de vue pratique peu de sciences auraient une utilité plus grande. C’est ce qu’avait très-justement pressenti Kant lorsqu’il disait : que « s’il était possible de pénétrer assez profondément dans la manière de penser d’un homme et si les moindres ressorts et toutes les circonstances agissant sur cet homme étaient connus, on pourrait calculer exactement sa conduite future comme on calcule une éclipse de soleil ou de lune. »

La science qui permettrait d’une part de reconnaître les sentiments d’un individu à certains signes extérieurs, et, d’autre part, étant connu le caractère de cet individu, de prédire comment il agira dans telle ou telle circonstance, présente, il est vrai, des difficultés sérieuses, mais non insurmontables, et mérite de tenter le génie de quelque observateur. Pour certaines personnes douées d’une pénétration suffisante, pénétration qui est le plus souvent, du reste, instinctive, il existe des signes extérieurs, par exemple, l’expression habituelle de la physionomie révélant l’usage fréquent de certains muscles, la forme du crâne, la constitution, le tempérament, la démarche, etc., qui permettent de porter sur les sentiments et la conduite probable des individus dans telle ou telle circonstance des jugements assez précis. Ce qui rend souvent ces jugements fort difficiles, c’est que ces diverses facultés s’influencent réciproquement. Déterminer la conduite d’individus dont on connaît