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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/51

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site reste une simple vue de l’esprit ou bien qu’elle rentre dans les conditions de toute connaissance expérimentale. — Aussi Stuart Mill qui dans son article sur le Traité de l’Intelligence se borne à une analyse très-sympathique de l’ouvrage, a concentré sa critique sur ce point : « Dans son dernier livre, dit-il, M. Taine est en désaccord avec ses alliés ordinaires sur la question de l’évidence des axiomes qu’il ne tient pas, comme ceux-ci, pour fondée sur l’expérience et limitée par ses conditions. Il est également en désaccord, même pour ce qui concerne les axiomes de la géométrie avec ceux qui les considèrent comme une classe particulière de vérités, connues à priori, d’une évidence intuitive. Il pense qu’on peut les démontrer et il les classe parmi les propositions analytiques et il en démontre quelques-uns par analyse, d’une façon ingénieuse et complètement légitime. Mais il ne nous semble pas que cela avance beaucoup sa thèse dans ce qu’elle a d’essentiel. Les propriétés fondamentales d’une ligne droite peuvent être et sont contenues dans notre concept d’une ligne droite ; mais si le concept lui-même est le produit de l’expérience, la vérité de ses propriétés nous vient de la même source. Le concept ne peut être formé que des propriétés que nous observons : nous mettons ces propriétés dans le concept; par suite, rien d’étonnant que nous y trouvions plus tard ce que nous y avons mis. Si donc notre idée d’une ligne est dérivée de l’expérience, tout ce que M. Taine soutient relativement à la preuve des axiomes de la géométrie peut être, et en grande partie doit être admis. En acquérant par l’observation l'idée d’une ligne droite, nous acquérons nécessairement et nous renfermons dans cette idée la connaissance que deux lignes droites qui joignent les deux mêmes points coïncident complètement ; en d’autres termes, n’enclosent aucun espace. Cette propriété doit expressément ou implicitement constituer une partie de toute explication suffisante que nous pouvons donner du concept que l’expérience nous a laissé dans l’esprit. Mais la ligne droite et sa propriété nous sont connues simultanément et par la même source. Quand M. Taine en vient à réclamer pour les premiers principes des autres sciences — de la mécanique, par exemple — une origine et une évidence semblable à celle qu’il réclame pour les principes de la géométrie, et que sur la force de cette évidence, il leur attribue une vérité absolue, valable pour l’univers entier et indépendante des limites de l’expérience, il tombe, à ce qu’il me semble, dans une erreur encore plus grande, qui tient en partie, croyons-nous, à ce qu’il confond les deux significations du mot même : — identité et similitude exacte [1]. »

  1. Dissertations and Discussions, Tome IV, p. 117-118.