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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/477

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Charles RICHET. — LA DOULEUR 467

On pourra, il est vrai, se demander comment toutes les excita- tions, même faibles, n'arrivent pas à ébranler ce centre de la dou- leur, puisque tous les nerfs sensitifs sont certainement en rapport avec lui; mais l'explication est facile à donner; en effet; selon la constitution organique de telle ou telle partie de l'encéphale, la résistance à l'excitation est plus ou moins grande. Ainsi, pour les centres psychomoteurs de Hitzig, la résistance est bien plus grande que pour les nerfs moteurs proprement dits. De même pour les nerfs sensitifs, les cordons postérieurs et l'isthme de l'encéphale, la sensibilité va en décroissant à mesure qu'on s'éloigne de la péri- phérie des nerfs, et qu'on se rapproche de leurs centres : autrement dit, leur résistance à l'excitation, c'est-à-dire leur force de tension, va en croissant.

Qu'on se reporte maintenant à la formule élémentaire donnée plus haut S = F — F'. La force de tension n'est pas autre chose que cette force de résistance dont nous parlions plus haut. Or F' étant devenu très- grand, il faudra pour qu'il y ait sensibilité à la douleur que F soit aussi très-grand, et par conséquent qu'il y ait excitation très-forte. Dans les hypéresthésies centrales, comme celles de la migraine, par exemple, ou de certaines névropathies, F' est devenu bien plus faible qu'à l'état normal , et des excitations modérées arriveront jusqu'au centre de la douleur et provoqueront un état douloureux.

Ainsi, au point de vue physiologique, la douleur n'est autre chose que la perception d'une excitation forte. Le sens musculaire, le sens de la température, les. sensibilités tactiles, les sensibilités viscérales du grand sympathique peuvent toutes, en s'exagérant, devenir des sensibilités à la douleur. La même excitation qui tout à l'heure donnait une simple perception produira, si elle devient plus intense, une sensation douloureuse; en sorte qu'à un certain degré d'acuité, toutes les sensibilités se confondent en une seule qui retentit avec force et ébranle la conscience.

Il semble que, dans tous ces cas, il y ait dans l'encéphale un centre de la douleur, centre dont le siège n'est pas déterminé, mais dont on connaît les aboutissants. Ce sont les fibres qui sont à la partie postérieure de la capsule interne (Charcot, Tiïrck), en sorte que cette partie étant lésée, il n'y a plus de conduction des excitations périphériques. Ces fibres sont à la fois les conducteurs des impres- sions sensitives, tactiles, thermiques, musculaires et des impres- sions douloureuses. Au delà, il y aurait des centres distincts pour chaque sensibilité spéciale. Le centre de la douleur serait profon- dément placé, et soit par ses rapports anatomiques plus éloignés,

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