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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/431

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que éclaircissement : il n’est pas aisé de concevoir cette perception parfaite, qui, grâce à sa vitesse infinie, échappe à la loi du temps. Qu’est-ce qu’une vitesse infinie, c’est-à-dire qui après un temps fini a achevé de parcourir un espace infini, et ainsi a mesuré cet espace? Et de même, qu’est-ce qu’une perception indépendante du Temps, alors que sous ce nom de perception nous entendons et pouvons uniquement entendre un mode de connaître auquel la forme du Temps est inhérente?

Mouvement relatif et mouvement absolu. — Je continue à relever seulement ce qui concerne la question du subjectif : le reste s’y ramène. Ici l’argumentation est d’une rare finesse. Sur la question de la nature du mouvement, M. Liebmann s’applique à établir une antinomie entre les mathématiciens et les physiciens. — Thèse. Pour les mathématiciens, le mouvement est le changement de position d’un point relativement à un autre; on peut donc indifféremment attribuer le mouvement ou le repos à chacun des deux. Mais le point dit en repos, considéré par rapport à un troisième, pourra être dit mobile; et celui-ci de même, et ainsi à l’infini. Par exemple le soleil, stable par rapport à la terre, est mobile dans la voie lactée, qui sans doute elle-même voyage dans l’Espace. — Antithèse, Pour le physicien, deux preuves suffisent à établir l’existence du Mouvement absolu. Concevez une sphère homogène et réelle tournant autour d’un de ses diamètres lui-même immobile. Pour le mathématicien, elle sera comme en repos, les distances respectives de ses parties ne variant pas. Et pourtant elle se meut : la mécanique le prouve : la sphère s’aplatira aux pôles. En second lieu, le principe de l’inertie, base de toute la mécanique, implique l’idée de vitesse et direction constantes dans le corps inerte, ou laissé à lui-même. Et cette dernière idée, à elle seule, suppose un Espace absolu, un monde dont les trois axes sont fixes, et où le mouvement absolu est possible. — Maintenant la conciliation est aisée : les physiciens ont raison ; les mathématiciens négligent cette idée essentielle des trois axes fixes, des trois dimensions de l’espace; il est vrai qu’ils le font à dessein et avec raison. Ainsi, nous sommes contraints, pour concevoir pleinement le mouvement, et faire la mécanique, d’admettre l’existence de trois axes immuables de l’univers. Mais où sont ces trois axes ? il nous est impossible de le savoir. Il y a, là aussi, un axiome premier et subjectif, toujours en ce sens qu’il est propre à la science humaine, et que rien ne nous permet d’en affirmer ou nier la valeur objective.

Mais, ici encore, M. Liebmann n’a pas répondu à toute objection. La sphère tournante n’est pas plus en faveur des mathématiciens que des physiciens : car l’aplatissement commence avec la rotation, et ainsi le changement des positions relatives des parties, ou mouvement relatif, se produit aussitôt que le mouvement physique. D’ailleurs le mouvement physique ne doit pas se définir, même mathématiquement : le changement de position du point considéré par rapport à un autre point réel (ce qui est proprement le mouvement relatif), mais par rapport à la position initiale.de ce point réel. Il y aurait mouvement réel