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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/405

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NOLEN. — L'IDÉALISME DE LANGE 395

ment. Tour à tour Platon, Spinoza, Leibniz, Fichte et Schelling sem- blent dominer la pensée spéculative de Lange.

Qu'on lise vers la fin du premier volume le curieux et profond jugement qu'il porte sur Leibniz. « La théorie des monades et celle « de l'harmonie préétablie ont plus de valeur que maint système « largement développé... C'est assurément une pensée grandiose, « noble et belle entre toutes, que celle dont Leibniz fit la base de sa « philosophie... Les monades et l'harmonie préétablie nous révè- « lent la véritable essence des choses aussi peu, sans doute, que le « font les atomes ou les lois de la nature. Mais, comme le matéria- « lisme, elles donnent une conception du monde claire et systéma- « tique, qui ne renferme pas plus de contradictions internes que le « système matérialiste. t> Et elles sont bien autrement satisfaisantes pour l'imagination.

L'élévation esthétique des conceptions philosophiques de Schiller ne parle pas moins vivement à la foi métaphysique de Lange. « N'avons-nous pas, dans les poésies philosophiques de Schiller, une a tentative qui assure à l'idéal une puissance dominatrice, en le a reléguant ouvertement et sans hésitation dans le domaine des a libres créations de l'esprit ! »

Bien qu'il ne soit pas très-facile de dégager une métaphysique conséquente des déclarations trop souvent contradictoires de Lange, de démêler une préférence décidée à travers les témoignages multi- ples de sa mobile sympathie, c'est l'idéalisme moral et religieux de Fichte, qui paraît bien être son modèle préféré.

En dépit de certaines propositions sceptiques de sa théorie de la connaissance, Lange ne sinterdit pas plus que Fichte de jeter un coup d'œil sur le monde des « choses en soi » ; et, soutenu par sa foi morale, de soulever un coin du voile qui nous en dérobe le mys- tère :

« Dans les lois de la nature, nous n'avons pas seulement devant « nous les lois de notre connaissance, mais les produits d'une force « étrangère, qui tantôt nous domine, tantôt se laisse gouverner par o nous. » — a La science n'est pas le moins du monde contrariée « dans sa marche conquérante, parce que la foi naïve dans la ma- « tière s'évanouit, et parce que, derrière la nature, un monde infini « se découvre, qui est peut-être bien la même chose, vue seulement « d'un autre côté ; parce que cette autre face des choses parle à « toutes les aspirations de notre cœur, et que notre moi y reconnaît « la véritable patrie de son être intime, tandis que le monde des « atomes et de leurs vibrations éternelles lui paraît étranger et « froid. » — « Nous devons donc reconnaître un ordre transcendant

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