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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/379

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puyons sur cette circonstance, que ces derniers peuvent survenir et se développer à l’insu de notre conscience, — mais qu’ils n’existeraient pas pour nous comme objet de notre savoir, sans avoir passé par le prisme de notre conscience intérieure. Le cachet de la conscience consiste dans la faculté d’observer immédiatement les changements opérés dans notre être intellectuel, d’en faire aussitôt l’objet de notre savoir, et d’amener de cette manière de nouveaux changements intérieurs, ainsi que d’imprimer une direction nouvelle à nos pensées. — Je me trouve dans une chambre complètement obscure, je ne remue aucun de mes membres, tous mes sens sont en repos, et malgré cela il n’y a en moi ni silence, ni quiétude ; quelque chose s’y passe : je sens et je sais qu’il s’y agite une vie inaccessible à l’ouïe et à la vue, que des séries de tableaux s’y déroulent successivement l’un après l’autre, que les sentiments varient à chaque instant et viennent agiter tout mon être. Tout ceci je ne le tiens pas de mes sens, c’est ma conscience immédiate intérieure qui me l’apprend. De plus, je me convaincs à l’aide de signes correspondants, que je ne suis pas le seul à saisir les manifestations de cette vie intérieure qui s’opèrent en moi, mais que tous les organismes semblables au mien en sont pourvus ; qu’ils sentent, qu’ils pensent, qu’ils désirent et qu’ils arrivent par les mêmes moyens à la connaissance de ces phénomènes. Ces signes extérieurs, au nombre desquels se trouvent aussi les sons articulés, n’ont par eux-mêmes aucune importance ; ils ne sont que l’expression nécessaire de cette connaissance qui se forme uniquement en nous, et n’ont précisément pour nous une valeur réelle que lorsqu’ils sont considérés comme la manifestation de ces processus intérieurs. Si nous ne savions pas cependant à l’appui de notre propre conscience que ces processus ont effectivement lieu, tous les signes extérieurs qui nous l’indiquent médiatement ne serviraient absolument à rien. Les manifestations de cette vie intérieure que nous reconnaissons d’une tout autre manière que les phénomènes extérieurs ne diffèrent-ils pas alors suffisamment de ces derniers, et serait-on sensé de soutenir qu’une science qui s’en occupe ne possède pas un objet déterminé et limité?

C’est une chose digne d’attention que les découvertes ethnologiques viennent ratifier les droits scientifiques de la psychologie. Les ethnologues et les voyageurs les plus éminents sont d’avis qu’il n’existe et n’a jamais existé sur terre une race ou un peuple qui ne sache discerner les phénomènes intérieurs de la vie psychique de ceux du monde extérieur. Il n’est pas jusqu’aux peuples les plus barbares qui n’aient conscience de cette différence et n’attribuent l’origine de la vie psychique à une force intérieure ayant son foyer