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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/253

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Ch. BÈNARD. — L'ESTHÉTIQUE DU LAID 243

répandre partout sur les matières qu'il traite avec une rare distinc- tion, un très-vif et réel intérêt. Ses observations sont fines, ses des- criptions exactes, ses jugements bien motivés. Les exemples nom- breux et bien choisis attestent ses connaissances variées. Il connaît très-bien notre littérature et il aime à citer nos écrivains. Mais il ne sait pas assez distinguer, surtout parmi les contemporains, les médio- crités des noms qui font autorité et qui seuls ont droit à être pris pour modèles. — Telle est, du moins, l'impression qu'a produite sur nous la lecture du livre que nous voudrions faire connaître et apprécier.

L'auteur, dans sa préface (p. IV), nous donne ainsi lui-même un aperçu de son dessein et du plan qu'il a suivi :

« Personne ne s'étonne que dans la biologie on traite aussi de la « maladie, ou dans la morale de l'idée du mal ; dans la science du « droit, de l'injustice; du péché, dans la science religieuse (p. IV). a L'idée du laid comme négation du beau fait également partie de <c l'esthétique, elle est inséparable de l'idée du beau (p. III) . Jus- « qu'ici cette étude n'a pas été faite, du moins dans sa spécialité et « dans son développement systématique (Ibid.). »

Quant à la place qu'il assigne à cette idée, il considère le laid comme un moyen terme entre le beau et le comique. Il le suivra, dit-il, dans ses formes à tous ses degrés, depuis ses premiers élé- ments jusqu'à sa forme la plus élevée, le satanique. « Le monde du « laid se déroule ainsi depuis sa première tache nébuleuse, jusqu'à « sa forme la plus intense et dans la variété infinie de la désorgani- « sation du beau par la caricature (Ibid.). »

Malgré ce qu'il y a peut-être d'un peu grandiose dans ce début, nous croyons que l'auteur qui a essayé de combler cette lacune dans la science du beau a bien mérité de cette science. « L'esthétique du laid » est peut-être aussi un titre un peu ambitieux ; mais l'idée du laid, comme il le dit, n'ayant été traitée que d'une manière fragmen- taire et trop générale pour être bien précisée et déterminée avec les développements qui lui conviennent, il y avait à en donner la théorie et à la réduire en système. Son œuvre ne laisse-telle pas beau- coup à désirer? N'offre-t-elle pas beaucoup de lacunes? Le plan lui- même est-il naturel, conforme aux exigences de la méthode que l'auteur a suivie? La dialectique hégélienne qu'il emploie pour cons- truire son édifice dans son ensemble et toutes ses parties n'aura-t- elle rien à y redire ? Nous laissons à débattre ces questions entre les hégéliens eux-mêmes. Nous pourrions déjà opposer ici au maître le disciple qui, avec une grande déférence sans doute, attaque sa théorie et en promet une nouvelle l .

1. M. Schasler, Geschichte der Msthetïk, p. 1026 et suiv.

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