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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/230

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prouver que la différence entre l'instinct et la raison est une différence de nature et non de degré ; et, pour le métaphysicien pur, une diffé- rence de nature est un non-sens. Et *il ne sert de rien de distinguer la conscience du mécanisme, de convertir les cellules de matière en monades spirituelles, et l'ordre des causes efficientes en un ordre inverse de causes finales ; les rapports des choses restent les mêmes, de quelque manière qu'on se représente les choses. Seulement l'évo- lution matérialiste devient l'évolution de l'idée; Hegel reparaît derrière M. Spencer. Nul ne le sait mieux que M. Spencer lui-même, et les sa- vants commencent à s'en douter *. Or M. Joly est un métaphysicien. Après avoir étudié les faits psychologiques, il veut déterminer la nature de leur principe substantiel. Mais alors, saisi par la logique des sys- tèmes substantialistes, il est obligé, bon gré mal gré, de détruire comme métaphysicien l'édifice qu'il avait élevé comme psychologue, et de combler peu à peu les différences qu'il avait si laborieusement creu- sées de ses mains. Il ne serait pas équitable de trop reprocher cette volte-face à l'auteur, qui a fait d'ailleurs ce qui dépendait de lui pour l'atténuer; car elle tient à la nature du sujet. Mais c'est précisément pour cette raison qu'elle est instructive; elle vaut toute une démons- tration ; c'est la morale de l'ouvrage : il ne sera pas inutile de s'y ar- rêter en terminant.

Pour démontrer l'existence de l'âme, M. Joly s'appuie naturellement sur la finalité des processus vitaux. Il commence par subordonner les mouvements intérieurs de l'organisme à l'action spéciale d'activités irréductibles aux forces physico-chimiques, et il loge en chaque cellule une sorte d'âme ou principe vital. C'est ce qu'il appelle le polyvita- lisme. Puis, dépassant ce point de vue provisoire, il subordonne de même le concours de ces principes élémentaires à l'action d'un principe vital suprême, qui est l'âme proprement dite. Cette théorie est bien connue. Mais remarquons les conséquences. Voici la première : l'âme, étant reconnue à titre de cause finale, ne peut agir que par l'attrait qu'elle exerce, par le désir ou l'amour qu'elle inspire (p. 305). Or l'a- mour est un principe essentiellement égalitaire, qui ne tarde pas à mettre au même rang l'amant et l'aimée. Les cellules inférieures que séduit la perfection de la monade centrale participent donc à cette perfection. « Établir qu'une chose est la cause d'une autre, c'est éta- « blir que la première se retrouve dans la seconde à un état rudimen- « taire » (p. 307). Donc encore « si la vie tend à l'esprit, c'est qu'elle t est l'analogue de l'esprit. » -L'âme n'est que « la plus élevée des cel- lules de l'organisme » qui réussit à se posséder plus que les autres (p. 309). Or cette conception s'applique à l'animal aussi bien qu'à l'homme. L'âme de l'animal et celle de l'homme sont également des monades, des monades centrales, des monades directrices se subor- donnant de la même manière par l'attrait de leur supériorité même les

1. V. une lettre très-curieuse et très-intéressante à cet égard de M. Naudin, insérée en appendice par M. Joly (p. 316).

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