Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/195

Cette page n’a pas encore été corrigée


NOTES ET DOCUMENTS

��L'ESPACE D'APRÈS CLARRE ET KANT

��Nous ne savons si les analogies de la doctrine de Kant sur l'espace avec la doctrine correspondante de Glarke ont été jamais signalées : elles sont cependant assez frappantes, à notre avis, pour qu'il y ait peut-être lieu de s'étonner qu'elles n'aient pas été plus remarquées.

On connaît ces deux doctrines, qu'il est sans doute inutile d'exposer ici en détail. Résumons-les en disant que, d'après Glarke, l'espace est une propriété de l'être nécessaire, un attribut de Dieu, et d'après Kant, une intuition pure du sujet sentant, une forme à priori de la sensibilité humaine.

Rien de moins semblable, au premier abord, que ces deux doctrines. L'analyse et la comparaison permettent pourtant de découvrir entre elles d'assez profondes affinités.

1» L'Esthétique transcendantale considère l'espace comme distinct et indépendant des objets qui le remplissent et entre lesquels il est, pour ainsi dire, partagé. Ces objets sont les sensations, les phénomènes qui fournissent à l'esprit les matériaux de la notion et de la représen- tation des corps. En fait, nous n'avons peut-être jamais perçu l'espace vide de tout contenu sensible : en droit, l'espace est antérieur à tout ce qu'il peut contenir; car il est la forme même selon laquelle l'esprit re- çoit et s'approprie les impressions des choses : il est, en quelque sorte, le trou toujours béant par lequel passent nécessairement les phéno- mènes du dehors, avant d'arriver jusqu'à la pensée.

De même, d'après Clarke, l'espace précède, au moins logiquement, les corps et leurs accidents. Il n'en est pas un simple mode : il est le fondement de leur existence et de quelques-unes au moins de leurs propriétés, par exemple de leur étendue, de leur situation, de leur fi- gure, de leur mouvement, etc. Les expériences de physique qui prou- vent la possibilité du vide peuvent être diversement interprétées : mais il est rationnellement nécessaire que le réceptacle de tous les corps

�� �