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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/150

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La méthode positive d’interprétation consiste à considérer avant tout l’idée maîtresse de l’auteur, et à interpréter, à cette lumière, les parties dérivées et les détails.

Ainsi veut-on savoir en quel sens Thalès a pu dire que l’univers est vivant et plein de dieux *. Il faut considérer l’idée qu’il se fait du premier principe. Or, il n’y a que les causes matérielles qu’il ait songé à ramener à l’unité. Il ne soumet pas encore les causes motrices à la même réduction. Il n’est donc pas vraisemblable qu’il ait eu l’idée d’une âme du monde, à la manière stoïcienne. Il a simplement personnifié les forces de la nature par analogie avec l’âme humaine.

Il faut ensuite considérer le degré d’éducation philosophique de l’auteur. On ne peut attribuer à un philosophe une doctrine qui suppose des distinctions encore inconnues à son époque. Ainsi les premiers philosophes ne distinguent pas les causes comme Aristote. Les anciens ne distinguent pas le subjectif et l’objectif comme les modernes postérieurs à Kant. — Anaximandre 2 n’a pu être mécaniste. Car le mécanisme suppose : 1° l’idée de l’immutabilité appliquée, non-seulement à la substance, mais encore aux qualités : idée dont l’origine est universellement rapportée aux Éléates ; 2° l’idée d’une cause motrice distincte de la cause matérielle, idée qui ne commence à apparaître que chez Empédocle, Anaxagore et Démocrite, dans les doctrines de l’Amour et de la Haine, du voîiç et du Vide. — Les Pythagoriciens ne peuvent dire si pour eux le nombre est cause matérielle ou formelle des choses, cette distinction n’existant pas dans leur esprit. Quand Parménide 3 dit : twutov S’ ê<m voeTv re xai o&vexév Icm vor^a, il n’entend pas ramener l’être à la pensée, ce qui serait une doctrine kantienne, mais bien plutôt la pensée à l’être, ce qui est conforme à l’objectivisme antique. Aussi Aristote (Met. IV, 5. 4010, a; de Cœlo, III, 4. 298, b.) range-t-il Parménide parmi ceux qui n’ont admis d’autre réalité que celle des choses sensibles

(xi S’ovxoe &7reXaëov eîvat ik aïaGvjT^ (xovov).

II. La seconde partie de la méthode est celle qui a pour objet la détermination des rapports ou liaisons causales, qui existent entre les faits.

A cette partie de la méthode préside la seconde face de la théorie kantienne de la connaissance, celle qu’ont vainement tenté de supprimer les successeurs idéalistes de Kant, et qui montre, à côté de

1. I, 178.

2. I, 195.

3. I, 512-514.