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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/131

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N A VILLE. — PRINCIPES DIRECTEURS DES HYPOTHÈSES 121

lise les faits, c'est-à-dire qui voit dans un cas particulier le type d'un phénomène général ; la recherche de l'harmonie, soit des rapports qui unissent les choses entre elles et les rattachent à un centre commun ; la recherche de la simplicité, c'est-à-dire d'un petit nom- bre d'éléments et d'un petit nombre de lois exprimant les rapports de ces éléments. Le but le plus élevé de chaque science particulière peut être exprimé ainsi : rendre raison de son objet par un petit nombre d'éléments et de lois. Le but le plus élevé de la science générale peut être exprimé ainsi : par l'harmonie d'un petit nombre d'éléments expliquer l'univers. Déterminer les éléments, à partir de la complexité des phénomènes observables, c'est la tâche de l'ana- lyse ; établir les rapports de ces éléments, et montrer comment ces rapports rendent raison des phénomènes observés, c'est la tâche de la synthèse. La science générale ainsi conçue peut être désignée sous le nom de cosmologie , si l'on garde à ce mot sa signification étymo- logique qui en fait l'expression de la. connaissance de l'ordre et de l'harmonie de tous les éléments de l'univers, et non pas seulement de ses éléments matériels. L'ambition de l'esprit humain ne s'arrête pas à ce but déjà si élevé de ses efforts ; il aspire à déterminer, au- dessus d'un petit nombre d'éléments et d'un petit nombre de lois, une unité suprême qui soit la source commune et des éléments et de leurs rapports. A cette aspiration la plus haute de la raison répondent les recherches de la philosophie proprement dite. La philosophie, dans la pleine et haute acception de ce terme, est la recherche d'un principe suprême d'unité, et l'existence de cette unité est le postulat de la philosophie 1 .

La recherche dé l'unité est le principe directeur de toutes les hypothèses scientifiques. Instinctif d'abord, et suivi dans ses consé- quences sans être directement conçu, ce principe devient ensuite réfléchi. Le passage de l'état instinctif à l'état réfléchi est très- ancien ; Pythagore est le premier savant à nous connu qui ait for- mellement énoncé la thèse que l'univers doit être conçu comme une harmonie, et que la tâche générale de la science est de ramener la diversité à l'unité. En poursuivant cette tâche, la pensée entre en lutte avec les apparences qui sont toutes en faveur de la diversité des phénomènes. Cette lutte de la raison contre les apparences et contre les doctrines qui veulent demeurer attachées aux apparences, forme une partie essentielle de l'histoire de la philosophie.

Il est important d'observer qu'il ne s'agit point ici d'un principe

1. Voir le développement de cette pensée dans un mémoire sur le Postula de la philosophie, inséré dans le tome XG des Séances et travaux de l'Aca- démie des sciences morales et politiques.

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