Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/107

Cette page n’a pas encore été corrigée


la première partie n’est pas moins curieux : l’auteur y soutient, contrairement à l’opinion généralement reçue dans l’école, en France, que le principe d’identité, loin d’être purement formel, est au contraire fécond en applications déterminées; que les choses concrètes et individuelles trouvent dans ce principe « leur possibilité éternelle absolue » ; que les notions et inductions expérimentales ne deviennent scientifiques que par cette possibilité métaphysique et rationnelle; qu’enfin le système de nos idées, même empruntées à l’expérience, est tout entier composé d’éléments communs essentiels (idée de la ressemblance et de la différence, de la cause, de la substance, etc.), et cimenté dans ses parties par des rapports directement dérivés les uns et les autres du même principe.

Sept objections sont discutées dans la seconde partie de l’ouvrage : 1° Toutes les théories précédentes reposent sur la croyance à la possibilité d’une intuition directe de la substance absolue. Or le système de Leibnitz comme celui de Kant nient cette possibilité en repoussant, l’un la communication des substances simples, l’autre la connaissance de toute réalité nouménale. M. Mamiani pense qu’on pourrait d’abord demander à Leibnitz comment, niant la communication des monades, il admet ou explique la connaissance que la monade centrale a des autres et l’action qu’elle exerce sur elles; à Kant, comment il rend compte de certaines idées fortement enracinées dans l’esprit de l’homme, l’idée de passivité et d’activité, l’idée de substance et de cause, l’idée de réalité? Ensuite il s’étonne que les Kantiens et les Leibnitziens aient le courage de rompre en visière avec le sens commun si persuadé de la participation réciproque des êtres. « Quand bien même les multitudes pourraient comprendre la séparation et l’isolement que ces philosophes prétendent imposer à l’âme, leur premier sentiment en. face d’une pareille doctrine, quand ils se verraient condamnés sans retour à la nécessité éternelle de l’égoïsme, serait une profonde tristesse, une sorte d’épouvante, un dégoût invincible d’eux-mêmes. > Enfin, répondant d’une manière plus directe à l’objection, il cherche à établir la communication des substances au moyen d’un fait de conscience sur lequel il a maintes fois insisté dans ses écrits antérieurs, le fait de la passivité. Ce fait ne saurait être confondu avec aucun autre, il ne doit pas être confondu, par exemple, avec les degrés inférieurs d’activité. « La passion signifie le contraire de l’action et comme celle-ci est mienne et émane des profondeurs de mon propre être, celle-là est de toute nécessité différente de moi. Bref, pâtir signifie subir une action (étrangère) ou ne signifie rien. » Les actes d’autrui sont donc saisis directement, et par eux les substances. Ce n’est pas à dire que les substances s’échangent et passent les unes dans les autres. « Nous affirmons que toute force ou sujet causal a deux sphères qui composent son être, l’une, celle de son intérieur qui est incommunicable et d’où résulte sa nature propre et individuelle, l’autre, celle de ses actes, qui est susceptible d’échange et de pénétration. » Rien ne