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Page:Revue du Pays de Caux n3 mai 1903.djvu/5

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE



Circulez, Messieurs, circulez… On s’en est payé d’obéir à cette injonction qui est celle de l’agent de police en faction sur nos boulevards et aussi celle du petit démon voyageur installé au fond de nos esprits agités. Les citoyens du vingtième siècle sont très circulants, qu’ils soient millionnaires ou décavés, personnages officiels ou simples particuliers, touristes ou hommes d’affaires, vêtus de drap beige ou zébrés de grands cordons. Présentement ce sont les grands cordons qui ont le plus fait parler d’eux ; M. Pierpont-Morgan a vidé la scène au profit du roi Édouard et à l’imitation de sa Majesté Britannique, gouvernements ou simples conseils municipaux se sont offerts mille congratulations protocolaires et intéressées. Les drapeaux ont mêlé leurs couleurs aux souffles du printemps et comme dans le Japon de Pierre Loti on s’est infiniment salué : je te salue ; tu me salues ; je te resalue ; tu me resalues… et il n’y a pas de raison pour que cela finisse !…

Salut aux Morts.

Pour nous autres Français, le joli mois de Mai s’est depuis quelques années singulièrement enténébré ; il convient moins que jadis aux réjouissances publiques. Le temps, il est vrai, a déjà coulé sur les lugubres souvenirs du Bazar de la Charité ; par contre, la disparition de Saint-Pierre de la Martinique ne date que d’hier et c’est un peu triste à dire, il semble que cet événement appartienne au siècle dernier tant on l’a peu commémoré. Quand il s’est produit, le deuil officiel de la métropole fut à peine convenable ; de bout de l’an. il n’y a pas eu du tout. C’est très simple et commode ; mais c’est aussi très choquant pour un pays qui a le culte des morts. Là-bas, la méchante montagne fume toujours et l’ironique soleil éclaire la forêt de ruines qui s’étend sur le bord de la mer à la place où souriait joyeuse la chère cité disparue.