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Page:Revue du Pays de Caux n3 mai 1903.djvu/23

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LE VOYAGE PRÉSIDENTIEL EN ALGÉRIE ET EN TUNISIE

Tell, de « hauts plateaux » et de « chaînes sahariennes » ; l’Algérie est une terre tourmentée, coupée parallèlement à la Méditérannée et à une distance moyenne de 300 kilomètres de cette mer, par une haute chaîne de montagnes qui, abrupte et soudaine du côté du Sahara, s’abaisse très lentement du coté de l’Europe, formant des séries de longues terrasses incultes, puis des amas de collines cultivables coupées de torrents ; aucun de ces torrents n’est navigable, mais à l’aide de barrages on les utilise pour l’irrigation. Le caractère dominant des montagnes les plus hautes est l’aridité ; leurs cimes sont rocheuses et décharnées ; cette aridité persiste sur les plateaux ; des chotts, vastes cuvettes remplies de vase humide et de rares nappes d’eau formées pendant la saison des pluies y apportent seuls quelque humidité ; l’unique plante utile qui y pousse est l’alfa ; plus bas commence la région fertile qui s’étend presque jusqu’au rivage. Mais là même il faut le secours des ouvrages artificiels ; les Français ont repris dans ce but les beaux travaux des Romains que l’incurie Arabe avait abandonnés.

Sur trois millions d’hectares cultivés, les 200.000 colons européens cultivent environ le tiers ; 3.400.000 indigènes cultivent les deux autres tiers ; le rendement auquel ils parviennent est infiniment moindre que celui des colons. L’orge, le blé, le maïs, la pomme de terre et l’avoine réussissent ; la vigne a dépassé toute espérance ; les oliviers forment de véritables forêts ; les arbres fruitiers, les légumes en primeurs, le tabac, le coton, vont aussi se développant. L’exploitation des forêts de chênes-liège, de pins et de cèdres s’étend sur près de trois millions d’hectares. Nous avons dit que sur les plateaux la seule source de richesse était l’alfa dont on tire industriellement du papier, de la sparterie et de la toile. Celle du Sahara est le dattier ; dès qu’un puits artésien naturel ou artificiel lui procure un peu d’eau, le palmier à dattes pousse abondamment ; sa culture a pris, à Tougourt et à Ouargla, une importance considérable.

Tartarin a bien fait de mourir. Il ne trouverait plus d’animaux sauvages dignes de son courage ; lions et panthères ont à peu près disparu. Naturellement l’élevage a grandi en proportions ; le cheval et le mouton forment la base de cette industrie ; les vaches donnent peu de lait et les bœufs sont petits.