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Page:Revue du Pays de Caux n2 mai 1902.djvu/19

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LE DRAME SUD-AFRICAIN

taires d’esclaves perdirent plus de 60 pour 100. Pendant ce temps, le gouvernement local ne cessait de prendre des mesures maladroites et impopulaires telles que la substitution de l’Anglais au Hollandais devant les tribunaux. Si, par hasard, un gouverneur éclairé, juste et bienveillant, comme Sir Benjamin d’Urban en 1838, entreprenait de pacifier le pays, les missionnaires étaient assez puissants à Londres pour obtenir son rappel. (Il est à remarquer que toutes les mesures conseillées dès lors par Sir Benjamin ont du être adoptées depuis, tant elles s’imposaient).

Ces causes de mécontentement provoquèrent le Grand Trek qui s’organisa pendant l’hiver de 1836 ; mille wagons s’acheminèrent vers le Nord ; c’étaient les Boers qui se séparaient de leur ancienne colonie et en allaient fonder d’autres, au-delà du Vaal. Ayant refoulé les tribus sauvages, qui leur disputaient la possession de ces nouvelles terres, ils s’y établirent à l’aise. Leur tranquillité toutefois fut de courte durée. La colonie du Cap s’étendant, ils furent de nouveau en contact avec les Anglais dont les gouverneurs, d’ailleurs, prétendaient voir en eux des sujets de la Reine et les traiter comme tels. La colonie de Natal devint un sujet de disputes perpétuelles ; les Anglais s’y étaient établis par mer en fondant Port-Natal, aujourd’hui Durban ; les Boers, lancés à la poursuite des Zoulous, y arrivaient par le Nord. En 1842, ils en furent définitivement chassés. Ce n’était pas là leur unique souci. Leur impuissance à fonder chez eux un véritable gouvernement se traduisait par des discussions intestines ; et de fait, dans une pareille immensité si peu peuplée, instituer un gouvernement était chose malaisée. Avant même qu’ils y fussent parvenus, les Boers voulurent que leur indépendance fut reconnue. L’Angleterre y consentit. Elle qui, quelques années plus tôt mettait à prix la tête de leur chef, Pretorius, et réclamait la possession de tous ces territoires, non seulement elle reconnut, par la Convention dite de la Rivière au Sable, l’existence de la République du Transvaal (1852) mais encore évacua la région en deçà du Vaal et Blœmfontein où, depuis quatre ans, ses soldats tenaient garnison. Cette région devint aussitôt l’État libre d’Orange qui fut reconnu à son tour en 1854. Ainsi se manifeste, dès l’abord, la complète incohérence de la politique Anglaise dans le sud Afrique, incohérence qui durera jusqu’à la venue de Cecil Rhodes.