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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/880

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les autres est le suivant : il faut intéresser le public de chez nous à l’aviation pratique qui peut et doit être demain une des pierres d’angle de la puissance française. Pour pouvoir et surtout pour vouloir, il faut savoir d’abord et faire savoir.

J’ai parlé tout à l’heure des don Quichotte de l’air, de ces aviateurs hardis dont la vie se passe à battre des records. C’est à leurs exploits que je voudrais, pour terminer, emprunter quelques données qui nous montreront mieux que tous les commentaires les progrès techniques énormes accomplis depuis quelques années par l’aviation, et dont les deux grandes épreuves aéronautiques de 1920, la coupe Gordon-Bennet (18 septembre) et le meeting de Bue (8-10 octobre) ont marqué les résultats actuels.

En 1906, au début de l’aviation, le record de vitesse en avion établi par Santos-Dumont était de 41 kilomètres à l’heure ; en 1913, il était de 203 kilomètres ; il est actuellement de 300 kilomètres environ. La plus grande distance parcourue sans escale est passée de 220 mètres (Santos-Dumont) en 1906, à 1 000 kilomètres en 1 913, à 1 915 kilomètres en 1920. La plus grande durée du vol est passée de 21 minutes en 1906, à 16 heures 1/2 en 1917 et à 24 heures 19 minutes en 1920. Enfin, la plus grande altitude atteinte est passée de 453 mètres (Latham), en 1909, à 6 000 mètres en 1913, et à plus de 10 000 mètres en 1920. Ces records, ceux du moins qui concernent la vitesse et la distance parcourue qui est connexe, sont destinés à être rapidement améliorés, surtout lorsqu’on pourra appliquer aux avions les turbo-compresseurs de Rateau dont j’ai exposé ici même le principe naguère et qui permettront le vol aux très hautes altitudes, à d’énormes vitesses. Mais ce sont là des problèmes qui demain seront résolus. Si je les signale ici, c’est parce qu’il convient de ne pas oublier qu’à côté du sport qui fait le bilan des progrès techniques et les stimule, l’aviation doit rester liée à la science. Les épreuves sportives et les épreuves du laboratoire sont les deux pôles, les deux pivots, sur lesquels repose tout l’avenir de la conquête aérienne. Supprimez l’un des deux pivots, ou négligez de l’entretenir en bon état : toute la sphère cesse de tourner et s’immobilise.


CHARLES NORDMANN.