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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/87

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Voilà une femme, sur qui le regard se fortifie et là parole peut se poser !

— Oui… oui… maître ! répondent toutes les voix chevrotantes, soumises. Une vraie fille d’Israël…

Et voici maintenant le défilé des femmes juives, qui sont arrivées de Médéah, de Miliana, d’Orléansville. Elles avancent, dans leurs robes traînantes, aux couleurs crues, mollement nouées à la taille d’un foulard d’or. Plus craintives, toutefois… Elles vont se rassembler à l’écart. Une table leur est dressée, à gauche de celle des hommes.

À la table des hommes, les époux ont la place d’honneur. M. Saffar et M. Fassina s’installent aux cotés de Rabbi Eléazar Le reste se dispose à son gré. On déploie les serviettes. Et Rabbi Eléazar ordonne tour à tour à chacun de ses élèves, de dire un passage du Zo’har ou une anecdote des temps sacrés de Rochalaïm.

…Le repas touche à sa fin. La vieille Miriem apporte au milieu de la table un lourd plateau d’argent garni de serpentins au miel. Elle s’approche de Debourah. Tout bas, très près, dans l’oreille :

— Debourah, lui souffle-t-elle, venez. On vous demande…

Debourah, qui est demeurée silencieuse, attentive à tous les beaux récits qui tombent de la bouche des talmudistes, lève sur Miriem des regards pleins d’étonnement :

— On me demande ?…

Puis elle cherche des yeux son père, afin d’avoir de lui la permission d’obéir. Mais Rabbi Eléazar a disparu. Alors, saisie d’une subite appréhension, la vierge lentement quitte la table, pour suivre la servante, qui murmure :

— Dieu ! Protège et propage cette sainte innocence !

— Amen ! Amen ! répondent les femmes !

Elissa Rhaïs.

(La troisième partie au prochain numéro.)