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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/762

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mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeur incomparable et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions que l’on n’a jamais vu qu’à lui seul. Il avait un enjouement qui plaisait également aux hommes et aux femmes, une adresse extraordinaire dans tous ses exercices, une manière de s’habiller qui était toujours suivie de tout le monde sans pouvoir être imitée, et enfin un air dans toute sa personne qui faisait qu’on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait. Il n’y avait aucune dame, dans la Cour, dont la gloire n’eût été flattée de le voir attaché à elle ; peu de celles à qui il s’était attaché se pouvaient vanter de lui avoir résisté, et même plusieurs à qui il n’avait point témoigné de passion n’avaient pas laissé d’en avoir pour lui. Il avait tant de douceur et tant de disposition à la galanterie, qu’il ne pouvait refuser quelques soins à celles qui tâchaient de lui plaire ; ainsi il avait plusieurs maîtresses, mais il était difficile de deviner celle qu’il aimait véritablement…

Voici, maintenant, Brantôme :

Ce prince, dit Jacques de Savoie, fut en son temps un des plus parfaits et accomplis princes, seigneurs et gentilshommes qui furent jamais… Il a été un très beau prince et de très bonne grâce, brave, vaillant, agréable, aimable et accostable, bien disant, bien écrivant, autant en rime qu’en prose, s’habillant des mieux, si que toute la Cour en son temps (au moins la jeunesse) prenait tout son patron de se bien habiller sur lui ; et quand on portait un habillement sur sa façon, il n’y avait non plus à redire que quand on se façonnait en tous ses gestes et actions. Il était pourvu d’un grand sens et d’esprit, ses discours beaux, ses opinions en un conseil belles et recevables. De plus, tout ce qu’il faisait, il le faisait si bien, de si bonne grâce et si belle adresse, sans autrement se contraindre, comme j’en ai vu qui le voulaient imiter sans en approcher, mais si naïvement que l’on eût dit que tout cela était né avec lui.

Il aimait toutes sortes d’exercices, et si y était si universel, qu’il était parfait en tous. Il était très bon homme de cheval et très adroit et de belle grâce, fût-on à piquer, ou rompre lance, ou courir bague, ou autre exercice pour plaisir ou pour la guerre ; bon homme de pied à combattre à la pique ou à l’épée, à la barrière, les armes belles en la main ; il jouait très bien à la paume, aussi disait-on « les revers de M. de Nemours ; « jouait bien à la balle, au ballon ; sautait, voltigeait, dansait, et le tout avec si bonne grâce qu’on pouvait dire qu’il était très parfait en toutes sortes d’exercices cavaleresques ; si bien que qui n’a vu M. de Nemours en ses années gaies, il n’a rien vu, et qui l’a vu le peut baptiser par tout le monde la fleur de la chevalerie, et