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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/727

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L’œuvre de M. Paul Bourget


A l’automne de 1884, par un de ces temps mélancoliques et deux qui annoncent la Toussaint, deux pensionnaires du Lycée Henri IV se promenaient dans la cour des grands, autour d’un bizarre instrument de l’or dressé sur un socle, entre quatre platanes, et qu’on appelait, je crois, « le Cosmographe. » C’était à la récréation de quatre heures, le seul vrai répit que nous eussions au cours d’une longue journée laborieuse, l’unique moment où, lâchés des salles d’études et des classes empestées, nous pouvions respirer un peu d’air pur, échapper pour quelques minutes à la cruelle obsession des examens et des soucis d’avenir, oublier avec l’invincible puissance de l’illusion juvénile les laideurs et les tristesses des choses, des âmes et des idées parmi lesquelles nous grandissions. On se confiait alors ses projets, ses enthousiasmes, ses découvertes littéraires… Soudain, l’un des adolescents s’arrêta devant le Cosmographe et, se frappant le front de l’index, il demanda tout à coup à son camarade :

— Connais-tu ces vers ?

Et il se mit à réciter :

Vous m’avez dit : « Pourquoi cette amertume immense ?… »

Il épiait l’effet sur le visage de l’autre.

Non ! Son ami ne connaissait pas ces vers ! Alors, celui qui