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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/691

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Journal d’un poète
(fragments inédits)


Quand parurent en 1867, sous le titre Journal d’un Poète, les « petits cahiers » où Alfred de Vigny inscrivait l’essentiel de sa vie intellectuelle et morale et qui, par la profondeur du son et je ne sais quels bruits de sourds sanglots dans l’ombre, évoquent souvent les Pensées de Pascal, l’exécuteur testamentaire du grand poète, Louis Ratisbonne, qui avait collationné et publié le Journal ; en « réserva » pour diverses raisons certains passages. Il trouva telle note savoureuse que nous publions aujourd’hui, trop sévère à l’égard de Sainte-Beuve et de Victor Hugo alors vivants, telles libres réflexions qu’on verra plus loin trop irrespectueuses pour les Bourbons ou les d’Orléans ; et tel plan d’une œuvre historique sur la Corse lui parut sans doute d’un intérêt trop spécial et trop purement documentaire, alors qu’aujourd’hui ce plan semblera curieux, croyons-nous, non seulement aux fervents « vignystes, » mais à tous les lecteurs cultivés, par la méthode toute moderne qu’il révèle chez le poète-philosophe.

Ces notes inédites, par les soins des héritiers de Louis Ratisbonne, M. et Mme Etienne Tréfeu, sont venues entre mes mains dans des conditions qui les authentiquent absolument et entièrement ; et, après le roman inédit de Vigny, cette mystérieuse et prophétique Daphné, que j’ai éditée en 1913, j’allais les publier à leur tour, quand la guerre a éclaté. Ces papiers précieux ont dû attendre, pourvoir le jour, la fin de la tempête. Voici que la vie reprend ; je puis donc faire paraître aujourd’hui ces Fragments inédits du Journal d’un Poète, continuant ainsi la pieuse publication des écrits posthumes d’Alfred de Vigny que j’ai eu l’honneur d’entreprendre, et heureux de servir la gloire du poète de Moïse et de la Maison du Berger, de celui que, — mis à part le Lamartine des Méditations et le Musset du Théâtre, — on peut sans doute appeler dès maintenant le plus classique des romantiques.

FERNAND GREGH.