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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/684

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a vingt-cinq ans, je descendais la Moselle de Metz à Trêves et jusqu’à Coblence, avec le projet de formuler pour la France de demain de nouvelles préoccupations et de nouveaux devoirs mosellans et rhénans, et de revivifier dans l’âme des jeunes générations notre sentiment historique du Rhin. Mais l’heure n’avait pas sonné.


* * *

Et maintenant, à cette date glorieuse, maintenant que nous revoici sur le fleuve ? Quelle va être notre attitude d’esprit ? Quelle tâche voulons-nous nous fixer ? Nos armées occupent la rive gauche. Le traité de Versailles déclare : « A titre de garantie d’exécution du présent traité, les territoires allemands situes à l’Ouest du Rhin seront occupés. La Haute Commission aura le pouvoir d’édicter des ordonnances dans la mesure qui sera nécessaire pour assurer l’entretien, la sécurité et les besoins des forces militaires. Elle pourra également adapter l’administration civile des pays occupés aux besoins et aux circonstances de l’occupation militaire [1]. »

Tel est le texte, la lettre. Et nous, dans quels sentiments allons-nous utiliser ces droits ?

J’ai hâte de le dire : pas d’annexion, pas d’assimilation simpliste, pas de conspiration. Nous nous gardons de prétendre faire table rase de tout un passé séculaire, d’ignorer des traditions plus fortes que tous les règlements, de heurter de front des usages mêmes qui ont pris force de loi. Nous savons qu’un Rhénan ne peut pas penser comme un Champenois et qu’un ancien sujet de Guillaume II ne peut pas avoir les habitudes d’esprit d’un Français de la troisième République.

Ce serait une erreur détestable de vouloir contraindre ou gêner les dispositions intimes des populations rhénanes.

Cette faute ne peut même pas être imaginée quand on parle à Strasbourg où l’abus de la force a si longtemps insulté la conscience universelle. S’il y a un lieu d’où il soit impossible pour un Français de concevoir l’annexion d’un peuple contre sa volonté, c’est bien, au cœur de cette Alsace, cette Université libérale.

Nous respectons le principe de la libre disposition des

  1. Arrangement entre les États-Unis, la Belgique, l’Empire Britannique, la France et l’Allemagne du 28 juin 1919.