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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/670

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Constantin, attachée au sort des Empires du centre, elle aurait sombré avec eux. Tout au moins, serait-elle restée confinée dans les limites de 1914. Par considération pour la personne de son Premier Ministre, les Alliés lui ont, au contraire, avancé des sommes considérables et attribué une large part dans les bénéfices de la victoire commune. Ils ont même poussé la bienveillance si loin et ils ont tellement agrandi la Grèce qu’ils ont rendu beaucoup plus difficile pour eux la solution du problème oriental. Lorsqu’à la demande de l’Angleterre, l’armée grecque est allée, l’an dernier, au mois de juin, occuper la région de Smyrne, lorsque le gouvernement britannique a subventionné, en Anatolie, les troupes du général Paraskevopoulos, cette combinaison a, sans doute, soulagé les bataillons anglais, que pressaient les bandes de Mustapha Kemal, mais elle n’a pas beaucoup aidé à la signature ni surtout à l’exécution du traité avec la Turquie. Le jour où ce traité est sorti de la manufacture de Sèvres, je n’ai pas eu grand mérité à constater que c’était un vase brisé. Les Grecs viennent d’y toucher d’une main un peu lourde. Si leur Gouvernement ne nous fournit pas des gages indiscutables de loyale amitié, nous n’avons aucun motif d’aggraver nos difficultés en Orient pour les beaux yeux d’une Hélène trop inconstante. Ce que les Alliés donnaient à la Grèce en Asie-Mineure et en Thrace, il est encore possible de le leur retirer. Les nouveaux confins du royaume dépendront de la confiance qu’il saura nous inspirer. Rien de plus facile également que de couper le Crédit et les vivres à une Grèce infidèle. Nous ne nous sommes pas battus à Salonique pour asseoir le Reich sur le rivage de la mer Egée. Surveillons attentivement ce qui va se passer à Athènes et, dès maintenant, pour plus de sécurité, consolidons, l’Angleterre, l’Italie et, nous, notre position sur les Détroits.

Un autre événement fâcheux, mais qu’il était trop aisé de prévoir, c’est la débâcle de l’armée Wrangel et l’invasion des bolchévistes en Crimée. Lorsque le gouvernement de la République a cru devoir se séparer de l’Angleterre pour reconnaître le général Wrangel et envoyer à Sébastopol un représentant de la France, j’ai discrètement indiqué ici même combien je regrettais cette démarche insolite. Il me semblait, d’abord, que les écoles que nous avions faites avec les Koltchak, les Denikine et les Youdenitch, auraient dû nous suffire. Nos chefs militaires les mieux renseignés nous avaient avertis du danger qu’il y avait à nous appuyer ainsi successivement sur des généraux dont les collaborateurs étaient recrutés parmi les plus détestables agents de l’ancien régime et dont les troupes, qui se battaient mal, laissaient prendre par les armées rouges les canons et les munitions expédiés