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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/572

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tout entière, à l’Asie et à l’Afrique, quand vous les aurez envoyés à Washington. »

Telle est la déclaration de principes définitive du parti républicain. Elle se résume en ces deux mots que le sénateur Harding a souvent prononcés au cours de ses discours : America first (l’Amérique d’abord). Elle est nettement dirigée contre la Société des Nations de M. Wilson. Les discours des orateurs républicains ne nous laissent aucune illusion à ce sujet. En voici deux qui sont particulièrement typiques.

Le 7 octobre, à Newport (Kentucky), au cours d’un meeting fort nombreux, j’ai entendu le colonel Roosevelt Junior, le propre fils de l’illustre Président, déclarer que la Société des Nations actuelle contient plus de germes de guerre qu’aucun autre document, et que le Conseil des Neuf, qui doit siéger prochainement à Genève, comprendra les représentants de cinq Rois et d’un Empereur (l’Empereur du Japon), de sorte que, sur neuf membres, six seront les porte-parole de têtes couronnées. »

Et, le colonel Roosevelt ajouta :

— La Grande-Bretagne et ses colonies ont six voix, tandis que les États-Unis n’en ont qu’une, car je ne sache-pas que nos colonies, telles que l’Alaska ou Puerto Rico, seront représentées… L’Equateur, avec sa population qui représente le tiers de celle de Chicago, a autant de voix que les États-Unis, et pourtant 90 pour 100 de la population de l’Equateur ne savent ni lire ni écrire… Nous n’avons que faire des théories impraticables des professeurs… Nous voulons revenir au sens commun du peuple. Nous repousserons cette Société des Nations, si peu américaine. Nous voulons bien combattre pour une grande cause, mais c’est nous qui définirons cette cause, et non pas un concert de diplomates européens. »

Après ces paroles significatives du colonel Roosevelt, M. E. P. Morrow, président du meeting, exposa, à son tour, le point de vue républicain et fut non moins catégorique :

— Beaucoup de gens, dit-il, ont ces temps derniers parlé avec abondance des nations européennes, et très peu de notre propre pays… Depuis cent ans, nous avons assez bien réussi en réglant nos affaires nous-mêmes. Or, à présent, on nous demande de nous lancer sur la route inconnue de l’internationalisme ; on nous demande de former une alliance