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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/570

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retrouver aussi inaccessible à la fatigue. Comme le Président du Comité national démocratique, M. While, me l’a dit : « Jimmie est un coq de combat… Il est plein de poivre (full of pep). » Et cette expression d’argot chère aux Yankees le dépeint exactement.

A dix heures et demie, nous arrivons à Peoria, cité industrielle célèbre pour ses distilleries. Avant la prohibition, on y fabriquait le whisky en abondance. Depuis que la loi Volstead a interdit la consommation des boissons qui contiennent plus d’un degré et demi pour 100 d’alcool, les distilleries de Peoria sont dans le marasme. Elles ne produisent plus que des alcools pharmaceutiques, du moins officiellement. Car il y a des accommodements avec la Prohibition : la contrebande des liqueurs et des spiritueux est devenue un métier lucratif. Les scandales ne se comptent plus. A Chicago, le grand jury est en train d’éclaircir une affaire de corruption de fonctionnaires. Il ne s’agit de rien de moins que trois millions de dollars, soit quarante-cinq millions de francs au cours du jour. A New-York, la police a découvert une association de bootleggers (c’est ainsi qu’on appelle ceux qui se livrent au trafic illicite des liqueurs), association puissamment organisée, avec ses succursales, ses tarifs secrets et ses moyens de transport mystérieux. Un bootlegger ingénieux, arrêté récemment, n’avait rien trouvé de mieux pour livrer ses caisses de gin à la barbe des autorités fédérales, que de dissimuler ses bouteilles dans un corbillard. Chaque voyage de ce corbillard rapportait quelques milliers de dollars à ce croquemort trop habile, dont l’aventure vécue semble un conte d’Edgar Poë corrigé par Mark Twain.

C’est donc dans la Cité de l’alcool que parle ce matin M. Cox. Le meeting a lieu dans une salle de danse qui porte le nom gracieux de Pays des Fées. Malgré le décor profane de cette salle où les lampions alternent avec les accessoires de cotillon, le Président invite le clergyman présent à dire une prière. Le révérend Smith se lève, loue le Seigneur, et mêle sans transition plausible le nom du Créateur à la Société des Nations, aux vertus de M. Wilson et aux mérites de M. Cox. Les auditeurs murmurent Amen, et M. Cox parle.

Il est onze heures et demie. Nous avons encore vingt minutes avant le départ de notre train : c’est plus de temps qu’il n’en faut pour faire un discours. Justement les membres du Club des Optimistes ont organisé un déjeuner dans le restaurant d’un