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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/561

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Tous les siècles passés de toute notre histoire
Ont, d’un présentez arm’s, honoré la victoire ;

Et la France, et l’Europe, et le monde étaient là ;
Et le ciel même avait sa robe de gala.

Dans ce Paris, plus grand qu’Athènes et que Rome,
Lui, cependant, à quoi pensait-il, le pauvre homme

Peut-être à tout cela. Peut-être aussi que non.
C’est le Poilu, sans plus. Il n’a pas d’autre nom.

Son devoir, cette fois, était énorme, immense ;
Mais, de toujours le faire il a l’accoutumance.

Et donc, s’étant trouvé pour celui-ci tout prêt,
Il a, sous son barda, le triomphe discret,

Et se contente tout simplement d’y souscrire
Avec son brûle-gueule au coin de son sourire.


LE RETOUR A LA TERRE


T’y voilà de retour, paysan, à la Terre !
Tu reprends ton labeur d’un éternel souci.
Le héros que tu fus là-bas, tu l’es ici.
Porte-le fièrement, ton bonnet militaire.

Le chiffre de tes morts est là, sans commentaire,
Pour prouver que la France et que le Monde aussi
Te doivent leur salut, ô paysan !… Merci !
Moi, j’en reste à jamais ton humble tributaire.

Quand me viendra, bientôt, l’inéluctable jour
Du vrai, définitif et suprême retour
A la Terre, à la glèbe auguste et maternelle,

N’est-ce pas toi, mon gars, travailleur merveilleux,
Qui m’auras assuré de l’avoir, libre, en elle,
Le bon coin du bon lit où dorment les aïeux ?


JEAN RICHEPIN.