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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/557

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Les diables barbus, leur charivari,
Ils en avaient peur à l’âge où l’on tette ;
Mais, depuis, le plus poltron en a ri ;
Et tous, devant eux, tiennent haut la tête.

Viennent, s’il le faut, les derniers moments,
Ils en sucreront la saveur amère
Avec les baisers de leurs deux mamans..,
Oui, deux pour chacun : la France et sa mère !


LE DERNIER CARRÉ


C’est le dernier carré. Rien à dire de plus.
Après tant de récits, tant de poèmes lus,
Ce qu’en a dit l’Histoire et chanté la Légende,
L’image qu’on s’en fait demeure encor plus grande,
Les mots évocateurs y perdent leur pouvoir.
Ce qu’il faut, c’est fermer les yeux, se taire, et voir ;
Voir avec la stupeur immobile d’un rêve
Où tout l’infini tient dans la seconde brève
D’un éclair emplissant soudain le plein du ciel.
Chaque détail surgit, chacun essentiel ;
Si bien que, les ayant tous contemplés, il semble
Que si l’on essayait d’en refaire un ensemble,
C’est de l’éternité que l’on aurait besoin.
Donc, silence ! Et rouvrons les yeux ; mais sur un coin,
Un seul, sans plus, de la Défaite des défaites.
Aussi calmes qu’aux jours des gloires et des fêtes,
Ils sont là, trois, au centre, en découverte, trois :
Deux grognards, l’arme au bras, pieds joints, bonnets tout droits,
Et le porte-drapeau, qui tend, selon la règle,
Au salut des boulets la couronne de l’aigle.
Et tout Napoléon est ici concentré.
Rien à dire de plus. C’est le dernier carré.


AU CAMP DE CHÂLONS


Au camp de Châlons (que c’est loin ! ),
Enfant de troupe brun et rose,
De cette énorme apothéose
Je fus le tout petit témoin.