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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/456

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et morne. Je ne l’ai jamais vue chez des Français. — Vu beaucoup de soldats prussiens. Leurs casques ridicules, solides, donnent l’idée de leur type ; le courtaud bien portant, grognon, assez carré, assez bête, mais exact et ferme, est ce que je vois le plus souvent chez eux. L’officier est mieux, mais sans avoir le sentiment de sa supériorité morale si visible chez l’officier-gentleman anglais.

Café d’assez bonne apparence extérieure, à l’intérieur terne, bourgeois comme à Munich. C’est plus heimlich. Une mère et sa fille, de la petite bourgeoisie honnête, y sont entrées et y ont bu une bouteille de bière. — Deux journaux à dessins, le Kladderadatsch et les Fliegende Blätter. Le premier, exécrable ; tous les dessins semblent d’un commençant, et j’ai vu huit ou dix numéros ; très lourde plaisanterie. Les dessins du second sont meilleurs, il y a quelque talent, mais rien qui vaille les nôtres ou qui ait la verdeur du Punch.

J’oubliais de dire que j’ai vu la maison de Gœthe. On en a fait une chapelle à reliques, autographes, bustes, peintures, vieilles casquettes et autres défroques du grand homme, portraits de tous ses amis, éditions de ses œuvres, ouvrages sur lui, portraits et bustes de tous ses parents ; cela ressemble au culte du moyen âge pour saint Antoine ou saint Nicolas. La galerie de ses amis est curieuse ; l’un, Christ mélancolique, l’autre, sorte de Byron poitrinaire ; un troisième, gros, gras à lard ; un dernier, professeur pédant. Le portrait de Charlotte est charmant, très noble et vraiment « dame, » avec une nuance d’élégance XVIIIe siècle. — Vieille maison bourgeoise très simple, belles ferrures d’escalier minces et aérées, vieux bois noircis, quelques arabesques XVIIIe siècle dans les plafonds beaucoup d’air et de lumière : il en fallait, car la rue est étroite et la cour de derrière large de six pieds. — Il écrivait assis sur une chaise de bois, et dictait toujours quand c’était en prose. C’est pour cela que sa prose est lourde, solennelle. Il faut écrire pour les yeux qui lisent, et non pour les oreilles.


30 juin.

Gare aux généralités. Quatre Allemands et Allemandes avec moi en wagon, qui ont bavardé comme des pies, avec intonations et gestes, sur les voyages, Bismarck, Sadowa, Benedetti ; surtout l’un d’eux, homme de quarante ans, sanguin et gai. Et