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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/451

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vache, au lieu de la traire. Bonne vache allemande, qui n’a jamais fait de mal à personne! Aujourd’hui comme hier, nous n’avons qu’un désir, c’est de l’empêcher de paître sur notre pré.

Dans ce même discours, M. Simons a répété : « On nous a formellement promis à Spa que nous nous reverrions à Genève pour négocier avec égalité de droits sur la clause des négociations. » Je ne veux ni ne puis croire que cet engagement ait été pris à Spa au nom de la France. Comme je l’ai rappelé dans ma dernière chronique, il eût été en contradiction flagrante avec le traité et avec la volonté des Chambres. Mais il suffit malheureusement qu’on invoque en Allemagne cette prétendue promesse et qu’en Angleterre on la considère comme ayant réellement été faite, pour que la question ne soit plus entière et pour qu’une partie de nos armes nous soient arrachées des mains. C’est un point sur lequel je n’aurai que trop l’occasion de revenir. Les articles du traité qu’on a lacérés, on ne les recoudra, j’en ai grand peur, que d’un fil apparent et fragile.

A en croire une déclaration prêtée par un journal belge à M. Delacroix, nous aurions été menacés, tout récemment, d’un malentendu encore plus grave. Ce n’est pas seulement pour négocier sur le pied d’égalité avec les Allemands que M. Lloyd George aurait voulu nous entraîner à Genève. Il aurait désiré y assister avec le Président du Conseil français et le premier ministre belge, à la prochaine assemblée générale de la Société des Nations. D’autres chefs de gouvernements, alliés ou neutres, y seraient également venus et à la barre de cette Haute Cour, auraient été appelées toutes les grandes affaires qui sont aujourd’hui en suspens. Il est aisé de comprendre que le traité de Versailles n’aurait pas tardé à y comparaître comme accusé. Probablement même, l’Allemagne aurait trouvé le moyen d’avoir dans la place quelques amis pour lui entr’ouvrir les portes et lui faire signe d’entrer. Le gouvernement français a sagement agi en ne laissant à personne l’illusion qu’il pût se prêter à une telle combinaison. C’est par des explications franches, données immédiatement, qu’on arrête une velléité avant qu’elle se soit transformée en volonté et qu’on empêche une simple différence d’opinion de dégénérer en dissentiment.

Certes, la Société des nations perdrait sa principale raison d’être et sa meilleure chance de durée si elle ne comprenait pas un jour toutes les Puissances européennes. Mais de toutes les nations vaincues, Allemagne, Autriche, Hongrie, Bulgarie. Turquie, l’Allemagne est certainement celle dont la conduite pendant la guerre et