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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/401

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vient crever sur l’eau. Et c’est fondu dans le ciel, tout de suite. Alors, il y a plus rien…

Et fortement, dans un sursaut de conviction :

— Les hommes, je vous dis, c’est fini après la mort. Comme les poissons. Mortuus est… Pax vobiscum ! C’est pas vrai qu’ils reviennent ! Maro ha maro mad ! [1] Un mystère, qu’ils disent ? C’est comme la naissance : y a pas d’homme si on plante pas la graine…

Il se tait, et puis lentement, d’un ton de méditation :

— La naissance !… qu’est-ce qu’on était avant qu’on soit né ?… La mort, ça doit être la même chose, — comme si on reviendrait de retour en arrière. Après la vie, je croirais bien que c’est comme avant… C’est pas plus long ni plus noir. Nous y avons tous été. Pourquoi donc qu’ils ont si peur ?

Un autre silence, et brusquement, avec un haussement d’épaules :

— C’est de l’enfer qu’ils ont peur. An Ifern… ils sont tous à en parler. Ils parlent que de ça chez nous, en hiver, le soir. Et pourtant, on dit que Dieu, c’est notre père, hon Tad. Supposez que vous êtes père de famille : est-ce que vous allez jeter votre enfant dans le feu parce qu’il est pas obéissant ? Et vous croyez que le bon Dieu va punir si durement des pauvres hommes comme nous qui ne font rien que rouler sur cette grande mer et nous aider les uns les autres ? Ils parlent aussi du Purgatoire. L’Enfer, c’était pour toujours. Mais le Purgatoire, les prêtres disent qu’ils ont des paroles pour en faire sortir les défunts. Alors tout le pauvre monde à genoux autour d’eux : « Monsieur Recteur, Aotrou Person ! écoutez ! une messe pour mon père, une messe pour ma femme, une messe pour mon fils !

Et, serrant le poing, baissant la voix :

— J’ai beaucoup réfléchi sur les choses catholiques… Oui, j’ai bien vu, jusqu’au bout, — et alors je suis été de mon côté. De l’orgueil, qu’ils disent ! Y en a d’autres, à l’Ile, au Guilvinec, qui pensent comme moi. C’est vrai que chez nous je suis tout seul.

La nuit s’élargissait, versant ses influences de paix. Son menton est retombé sur son poing, et il s’est enfoncé dans un

  1. « Il est mort et bien mort. »