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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/338

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Où en prennent-ils le droit ? C’est ce qu’il serait difficile de dire, quand le seul subjectivisme est invoqué pour légitimer l’enthousiasme ou l’exécration. Et c’est ce que je voudrais examiner, bien plus que les manifestations du Salon des Jeunes, et du Salon d’Automne. Celles-ci sont sous les yeux du public. Son sentiment est unanime et il s’exprime sans ménagement. Tantôt, c’est de la gaieté la plus franche, tantôt, c’est de la colère : ce n’est jamais une adhésion ou un émerveillement. Il n’est donc nullement utile de montrer les tares des écoles nouvelles. Elles éclatent à tous les yeux. La critique d’une œuvre d’art est nécessaire et légitime, lorsque l’auteur satisfaisant certains goûts du public, et point les meilleurs, l’entraîne à admirer quelque chose qui en est indigne. Alors, le critique peut demander à ce public de réfléchir sur son impression, de la confronter avec de plus profondes et de plus durables, d’éprouver si c’est bien à ses plus fortes et plus fines facultés d’enthousiasme qu’une œuvre fait appel, ou si c’est à des tendances purement intellectuelles ou vulgairement somptuaires, qui peuvent se satisfaire sans le moindre secours de l’art. Il peut aussi et il doit, si l’œuvre représente ou interprète un coin de nature, la confronter avec la nature même, sinon pour en exiger l’imitation, du moins pour en démêler quelque caractère. Mais dans une œuvre « cubiste, » il n’y a rien de semblable. L’auteur ne cherche nullement à tromper le public sur la qualité de son plaisir : il ne lui donne pas de plaisir. Il ne vise pas à exploiter son goût pour un aspect quelconque de la nature : il ne reproduit pas des aspects de la nature. L’objet mis sous les yeux du spectateur est tellement éloigné de toutes les apparences sensibles offertes à la vue par la vie que le public, non averti, n’y reconnaîtrait même pas, le plus souvent, un tableau ou une œuvre d’art. C’est donc seulement les raisons initiales du phénomène et son retentissement dans les esprits qui peuvent être discutés

Or, ces écoles nouvelles ou groupes divers qui se disputent, un instant, l’attention des jeunes gens et qui s’excommunient mutuellement procèdent tous d’un même désir initial : échapper aux redites de la virtuosité de l’Ecole et découvrir dans la peinture des mondes ou tout au moins des modes nouveaux. Ils sont toujours dominés par une même répulsion ou phobie : celle des termes exacts introduits par la science dans