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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/285

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les ordres du gouvernement impérial, mais il ne doutait pas de son adhésion aux mesures qui seraient adoptées ; il avait même suggéré l’idée d’exiger de la Grèce l’expulsion des ennemis de l’Entente ; mais M. Vénizélos avait conseillé d’attendre avant d’en arriver là et le projet avait été ajourné.

La seule difficulté qui restât à résoudre à la date du 7 juin provenait de l’attitude de Sir Edward Grey. Le ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement britannique hésitait à approuver les propositions de Sir Francis Elliott dont l’accord avec ses collègues de France et de Russie était absolu. Dans l’espoir de vaincre sa résistance, M. Briand avait invité notre ambassadeur en Angleterre, M. Paul Cambon, à presser sir Edward Grey de donner son consentement. Du reste, lui-même allait partir le lendemain pour Londres où devait se tenir une conférence interalliée et il se proposait d’agir dans le même sens auprès de son collègue anglais. Bientôt il rentrait à Paris avec la certitude que son intervention et les démarches de M. Paul Cambon auraient raison de la résistance de sir Edward Grey. Ses pressentiments ne le trompaient pas. Le 15 juin, tout était réglé entre les trois Puissances garantes. A Paris, le conseil des ministres avait délibéré et approuvé à l’unanimité les mesures sur lesquelles les représentants de l’Entente à Athènes s’étaient accordés. Ils restaient libres de formuler la note à remettre au gouvernement grec.

Tandis qu’ils se préparaient à mettre le gouvernement royal en demeure de secouer le joug du parti germanophile, celui-ci, — laissé dans l’ignorance de leurs projets, — profitait de leur inaction pour se laisser aller contre elles à toutes les insultes, à toutes les violences, à tous les outrages, avec la complicité des réservistes dont l’audace ne connaissait plus de bornes. Elle se manifesta en des conditions révoltantes dans les journées des 11 et 12 juin. Voici, d’après le récit d’un témoin, le spectacle que présenta la capitale grecque.

Le 11 était un dimanche et les Athéniens, en grand nombre, avaient passé au Phalère, sur le bord de la mer, cette journée fériée. A leur retour, c’est-à-dire au déclin du jour, ils eurent la désagréable surprise de se voir barrer le chemin par des agents de la sûreté qu’appuyaient des détachements de soldats à qui ordre avait été donné de tirer sur les automobiles qui tenteraient de forcer le barrage. Revolver au poing, ils fouillaient