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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/281

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preuve qu’il était de toute nécessité que la Légation Française possédât, elle aussi, un service de renseignements, qui serait secret et placé directement sous l’autorité du Ministre de la Marine. Les choses s’organisèrent ainsi, d’accord avec le service anglais. L’attaché naval s’était installé personnellement à l’Ecole Française d’Athènes, mais il installa le service des renseignements dans les locaux où résidait déjà le service anglais. Dès ce jour, les deux services fonctionnèrent en restant indépendants l’un de l’autre, mais en échangeant quotidiennement leurs communications et leurs informations. Notre Gouvernement avait approuvé, bien entendu, cette organisation et nous eûmes ainsi une entreprise ignorée de contre-espionnage.

Un peu plus tard, par la force des choses, le service français étendra son action, d’abord dans toutes les villes de la Grèce où il trouvera comme correspondants nos consuls et des officiers détachés de l’armée du général Sarrail, lequel a saisi dès le premier moment les avantages de la création nouvelle, notamment en ce qui touche la recherche des sous-marins ennemis, la destination des pétroles qui entrent en Grèce en contrebande, la surveillance des suspects comme celle des télégrammes dont il est utile de constater l’envoi, même lorsqu’ils sont chiffrés, et de connaître le destinataire. Rectifions, à propos du général Sarrail, une rumeur qui a couru pendant la guerre et de laquelle il résulterait qu’à diverses reprises des malentendus s’étaient élevés entre lui et le Ministre de France. Elle était calomnieuse et il est juste de le constater ; des deux côtés les rapports n’ont jamais cessé d’être courtois et confiants. Nous pouvons même citer ce propos du Commandant en Chef de l’Armée d’Orient et qui lui fait honneur : « Entre le Ministre de France et moi, disait-il, il n’y a jamais eu de malentendu ; il n’y en aura jamais et il ne peut y en avoir puisque nous servons la même cause. »

A peine est-il besoin de rappeler que, d’après un usage immémorial et d’après les règlements en vigueur dans toutes les ambassades et légations, l’attaché militaire correspond directement avec le Ministre de la Guerre, de qui il dépend, et l’attaché naval avec le Ministre de la Marine, à la seule condition de faire passer leurs rapports par les mains du chef de l’ambassade ou de la légation auprès duquel ils résident. Ces rapports sont envoyés par celui-ci au Ministre des Affaires