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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/245

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convenait à des fiancés, vers le jardin d’hiver, et s’assirent derrière un grand écran d’arbustes exotiques. Newland porta à ses lèvres la main gantée de la jeune fille.

— Vous voyez, j’ai fait ce que vous m’avez demandé, dit-elle.

— Oui, je ne pouvais pas attendre, répondit-il en souriant. Puis, après un moment, il ajouta :

— Seulement, j’aurais désiré que ce ne fût pas dans tout ce bruit.

— Oui, je sais. — Ils échangèrent un regard de compréhension mutuelle. — Mais, après tout, même ici, nous sommes seuls ensemble, n’est-ce pas ? continua-t-elle.

— Oh ! bien-aimée, oui, toujours ! s’écria Archer.

Évidemment, elle comprendrait toujours : elle dirait toujours ce qu’il faudrait. Cette découverte fit déborder la coupe de sa félicité, et le jeune homme continua gaiement :

— Mais je voudrais vous embrasser et je n’ose pas !

Tout en parlant, il jeta un regard rapide autour de la serre, s’assura d’une solitude momentanée, et, attirant la jeune fille, il posa un léger baiser sur ses lèvres. Pour atténuer l’effet de cette audace, il la mena vers un endroit moins retiré du jardin d’hiver et, s’asseyant auprès d’elle, il prit une fleur de son bouquet. Ils restèrent silencieux, et l’avenir s’étendit à leurs pieds comme une vallée ensoleillée.

— Avez-vous annoncé nos fiançailles à Ellen ? demanda-t-elle un moment après, parlant d’une voix de rêve.

Se ressaisissant, Archer se rappela qu’il ne l’avait pas fait. Une invincible répugnance à parler d’un tel sujet avec l’étrangère avait arrêté les mots sur ses lèvres.

— Non, après tout, je n’en ai pas eu l’occasion, dit-il, improvisant une excuse.

May parut déçue, mais doucement résolue à obtenir gain de cause.

— Hâtez-vous, alors, dit-elle, car je ne l’ai pas avertie.

— Bien sûr. Mais n’est-ce pas plutôt à vous de lui parler ?

Elle réfléchit :

— Oui, si je l’avais fait au bon moment. Mais maintenant, je crois que vous devriez lui expliquer que je vous avais prié de lui annoncer la nouvelle avant que nous ne la disions à tout le monde. Elle pourrait croire que je l’ai oubliée. Vous comprenez,