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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/244

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main (elle ne portait pas d’autre bouquet), se tenait à l’entrée de la salle de bal, le visage un peu pâle, les yeux brûlant d’une profonde animation. Un groupe de jeunes gens et de jeunes filles l’entourait. Ils échangeaient, avec force poignées de mains, des rires et des plaisanteries, auxquels Mrs Welland, qui se tenait d’un pas en arrière, accordait un regard d’approbation tempérée. Il était clair que Miss Welland annonçait ses fiançailles, tandis que sa mère adoptait l’air de condescendance et de regret qui convenait en la circonstance.

Archer s’arrêta un moment. C’était sur son désir formel que la nouvelle était annoncée, et cependant ce n’était pas ainsi qu’il eût voulu faire connaître son bonheur. Le proclamer dans la cohue d’une salle de bal, c’était lui ravir le charme de l’intimité qui convient aux sentiments profonds. La joie du jeune homme était si sincère que cette superficielle profanation en laissait l’essence intacte, mais il aurait voulu que la surface même demeurât sans ombre. Ce lui fut une satisfaction de s’apercevoir que sa fiancée sentait comme lui. Elle lui jeta un regard suppliant qui disait : « Souvenez-vous que nous faisons cela parce que c’est bien. » Aucun appel n’aurait pu trouver dans son cœur un écho plus immédiat, mais il eût désiré que la nécessité d’annoncer si vite leurs fiançailles fût venue d’un motif autre que la défense de la pauvre Ellen Olenska.

Dans le groupe qui entourait Miss Welland, on accueillit le jeune homme avec des sourires bienveillants, puis, ayant pris sa part des félicitations, il entraîna sa fiancée au milieu de la salle.

— Maintenant, nous n’avons plus besoin de parler, dit-il en souriant de tout près aux yeux candides de la jeune fille, tandis qu’il s’élançait avec elle sur les flots rythmiques du Danube bleu.

Elle ne répondit pas : un sourire tremblait sur ses lèvres, mais ses yeux restèrent lointains et sérieux, comme fixés sur quelque douce vision.

— Ma chérie, murmura Archer en la pressant dans ses bras.

Pour lui, les premières heures des fiançailles, même passées dans une salle de bal, avaient quelque chose de grave et de sacramentel. Quelle vie nouvelle il envisageait, avec cette blancheur, ce rayonnement, cette bonté, à ses côtés !

La danse terminée, tous deux ils se dirigèrent, comme il