Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/206

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


portât, sans avoir la peine d’en charger mes poches. » Ces confitures étaient, en forme de bonbons, des fruits confits. Ronsard se souvint du prélude agréablement sucré de ses amours, lorsqu’elles tournèrent à l’amertume et à l’aigreur.

Astrée qui s’appelait Françoise, il la compare à la douce framboise, fruit savoureux. De préférence, il la compare aux astres du ciel ; et, pour avoir voulu se hausser jusqu’à elle, n’est-il pas Icare dont la chute sera éternellement glorieuse ? N’est-il point aussi la nef, mal accoutrée de mât, de voile, et qui, égarée au milieu de la mer, ne doit espérer le salut que des astres, seuls maîtres de luire, sauver et conduire ? Il se joue, en ses poèmes, parmi de si plaisantes analogies.

Astrée était belle sans fard ni artifice et par l’unique volonté des dieux. Ronsard eût aimé qu’elle n’ajoutât même pas de bijoux à tant de charmes naturels et consentit au « simple habit » sans vaine parure et clinquant d’or ambitieux. Elle avait les plus beaux cheveux d’or frisé, plus beaux « que ceux que Bérénice loin de son chef envoya dans les cieux. » Un matin que la « demoiselle » d’Astrée peignait la chevelure admirable, Ronsard vit qu’au peigne restait une bribe de cet or souple ; et il rêva d’être larron, de prendre sa part de butin : la demoiselle lui ôta la bribe des doigts. Il maudit cette méchanceté.

Ronsard avait, dit-il, fait peindre à la paume de ses gants l’image d’Astrée. Il la regardait comme on examine au ciel sa destinée. Il escomptait une bonne aventure, ayant toujours son astre entre les mains. Mais l’aventure, hélas ! fut imparfaite. Astrée ne savait pas de même flamme brûler ; son cœur n’était semblable à ses paroles. Elle oubliait les jolis soins, les égards, ne baisait pas le portrait de son amant et, pour tout dire, n’aimait « qu’en idées. » Une fois, elle passa auprès de Ronsard, muette, comme indifférente, et ne s’aperçut pas qu’il était triste. Une autre fois, en habit de déesse, elle passa ; et son bel œil attirait les galants : son vrai amant n’eut rien de plus qu’un autre. Puis, après une absence de Ronsard, quand il revint, elle le reçut « d’un baiser tout glacé, » baiser tel que Diane en donne à son frère, ou tel qu’en donne une fille à sa grand’mère, « ni savoureux, ni moiteux, ni pressé. » Alors, il se fâche : « Eh quoi ! ma lèvre est-elle si amère ? » Les amours de Ronsard et d’Astrée ne durèrent qu’une saison. Quand elle ne montra plus de zèle, Ronsard passa les nuits à pleurer, sangloter et gémir ; il se sentait devenir « un sauvage animal. » Et puis, il dit à la frivole :

Comme je vins je m’en revais, maîtresse ;
Et toutefois je ne te puis haïr !…