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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/184

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alors, était considéré par les chrétiens, et suffisamment respecté par les Juifs, qui n’avaient pas d’autres représentants, d’autres défenseurs auprès des pouvoirs publics. Les « orthodoxes », c’est-à-dire les Juifs religieux de moyenne ou de basse condition, constituaient une masse nombreuse, mais ignorante et inerte.

L’immigration des Juifs de Russie et de Lithuanie modifia profondément cette situation. Les « assimilateurs » perdirent beaucoup de leur influence ; la masse des « orthodoxes, » habilement travaillée par les agents nationalistes, s’organisa, repoussa l’ancien idéal de l’égalité des droits et adopta avec ferveur l’idéal nouveau de la séparation. L’action juive ne s’exerce pas dans les cadres de la politique officielle ; à l’Assemblée nationale, on ne trouve que dix députés de confession mosaïque : trois sont inscrits au Club constitutionnel du travail (droite conservatrice), un au parti national-démocrate, trois au parti socialiste. Quant à « l’Union des Polonais de confession mosaïque de tous les pays de la Pologne, » qui s’est récemment constituée, ce n’est pas un parti politique, mais une société, dont les membres, appartenant aux groupes politiques les plus divers, sont unis par la communauté d’origine et de confession, et par l’opinion qu’ils professent à l’égard de la question juive en Pologne. « L’Union » défend de son mieux la thèse de l’assimilation ; seulement elle a désormais affaire, non plus à une masse inerte, mais à des partis fortement organisés. J’énumèrerai les principaux, en définissant leur programme et leurs tendances.

L’organisation des Orthodoxes date des années de l’occupation allemande (1915-1918). Le mot servait jusqu’alors à désigner tous les Juifs attachés à la religion et à la tradition israélites, c’est-à-dire la grande masse des Juifs de Pologne. Toutes les classes de la société y étaient représentées ; mais la grande majorité était formée par les petits bourgeois, commissionnaires, intermédiaires et marchands détaillants. A l’égard de la nation polonaise, ils étaient indifférents, mais loyaux. Leur conception politique était d’ailleurs très vague : dans le judaïsme, ils voyaient beaucoup moins une tradition nationale qu’une religion, dont ils respectaient scrupuleusement les formes et les préceptes. Dans la vie courante, ils se servaient du jargon allemand ; mais l’hébreu restait la langue de la prière et de l’enseignement.