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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/169

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responsabilités du pouvoir. « Si jamais j’accepte de devenir ministre, avait-il dit à un de ses amis, je vous autorise à déclarer que je ne suis qu’un imbécile. »

M. Witos n’est pas le premier parlementaire dont les circonstances aient, en cette matière, modifié les opinions. Mais on doit reconnaître qu’il fut difficile à convertir. Deux fois déjà, le chef de l’Etat lui avait demandé de former avec M. Daczynski un gouvernement de gauche, dont la majorité eut compris les socialistes et les paysans : deux fois M. Witos refusa. Lorsqu’il accepta enfin de prendre le pouvoir, les conditions étaient fort différentes : il s’agissait de constituer, non pas un cabinet de gauche, mais un cabinet de coalition qui, à l’heure critique que traversait la Pologne, la représentât tout entière. A côté des paysans et des socialistes, on trouve dans le ministère que préside M. Witos les leaders des deux grands partis de droite : MM. Skulski et Ladislas Grabski. En un moment où les succès des bolchevistes risquaient d’encourager les éléments malsains et subversifs, et tandis que le gouvernement de Moscou proclamait à grands fracas qu’il ne traiterait qu’avec les représentants du prolétariat polonais, la constitution à Varsovie d’un ministère vraiment national, associant tous les partis au pouvoir et à la responsabilité, a été une garantie précieuse pour la Pologne et pour ses alliés. On doit savoir gré à M. Witos d’avoir rendu ce service à son pays et à l’Europe ; et il est capable d’en rendre d’autres.

Convient-il de ranger au nombre de ses mérites le vote unanime du 15 juillet 1920, qui a définitivement sanctionné la réforme agraire en Pologne ? L’accord de tous les partis sur une matière aussi grave n’a pu être obtenu que par des efforts persévérants et habiles au point de vue parlementaire, par le triomphe de M. Witos, apôtre de la réforme, telle que le projet l’établit ; le sentiment du pays ne m’a point paru être aussi unanime que celui de l’Assemblée. J’ai recueilli sur ce sujet les avis les plus différents. Etant étranger, j’aurais mauvaise grâce à donner le mien : je me bornerai donc à marquer ici les grandes lignes de la réforme agraire polonaise.

Les biens fonciers sont divisés en un certain nombre de catégories et suivant cette division, seront mis successivement à la disposition des services publics chargée d’appliquer la réforme.