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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/129

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8 juillet.

Grosse émotion cette semaine en toutes les villes rhénanes. Les ouvriers, en troupes compactes, sont venus piller les éventaires des marchés, et certaines boutiques de mercantis connus. En outre, une grève de protestation est annoncée contre l’impôt d’Empire sur les salaires.

Ce n’est là en somme qu’une de ces crises si fréquentes que la politique économique et fiscale du gouvernement berlinois détermine dans toute l’Allemagne. En particulier, les décrets de janvier et de mars, en interdisant les importations de France, ont tari le ravitaillement, et la demande dépassant l’offre, les prix ne peuvent cesser de monter, cependant que l’augmentation insensée des billets de la Reichsbank fait continuellement baisser la puissance d’achat du mark. Les vivres atteignent des prix fantastiques, et les masses populaires ne mangent plus à leur faim.

Mais ce serait bien mal connaître les Prussiens que de supposer qu’ils puissent reconnaître leurs erreurs. Tout au contraire, les journaux de Hugo Stinnes imputent le renchérissement de la vie à la présence de l’armée d’occupation. Ils prétendent même que l’impôt sur les salaires est nécessité par les frais d’entretien de ces troupes. Ils reprennent en même temps avec violence la campagne contre nos soldats nègres, bien que nos braves Sénégalais aient déjà quitté le Rhin. Bref, ils cherchent à détourner dans un sens nationaliste et pangermaniste toute l’agitation ouvrière.

Il est évident qu’une nouvelle offensive prussienne se dessine contre nous. Comme pour l’affirmer, on annonce encore une visite des ministres du Reich aux pays occupés. On veut à Berlin provoquer des mouvements populaires dans les villes rhénanes, sans doute pour agir sur la conférence de Spa. Peut-être même, si j’en crois ce qu’on dit à Mayence dans des milieux bien informés, assiste-t-on au commencement de l’exécution d’un vaste plan pour déclencher contre la France, d’accord avec les bolchévistes, quelque immense mouvement d’apparence ouvrière. Déjà des agents prussiens de l’Heimatdienst ont été saisis à Ludwigshafen par les Français comme ils provoquaient une grève, à Cologne par les Anglais comme ils organisaient un attentat contre un député rhénan autonomiste.