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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/104

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Nous nous retrouvons là une majorité d’anciens combattants, qui avons gardé de la guerre le goût de l’action et des réalisations rapides. Surtout, nous nous sentons plus fortement unis qu’en France, tant par le sentiment de notre demi-exil que par la volonté de l’œuvre à accomplir. Pour cette tache française, qui nous appelle ici, l’Université, par une initiative intelligente et hardie, a tenu à accepter la collaboration de l’enseignement libre, et trois prêtres sont parmi nos collègues. Tout cela fait un lycée curieux, neuf, ardent, et très français.

Les débuts sont modestes. Les seuls élèves sont d’abord les fils ou les filles des Français de Mayence ou de Wiesbaden. Peu à peu, des nouveaux arrivent de villes rhénanes plus lointaines ou même de France. D’autres viendront, à coup sûr, quand ce lycée sera mieux connu : tant de familles comprennent maintenant le prix pour des jeunes gens d’un contact avec l’étranger !

Et pourquoi n’aurions-nous pas d’élèves rhénans ? En ce pays, où l’influence française s’est si longtemps fait sentir, et sous toutes ses formes, où toute personne cultivée parle couramment le français, où des jeunes filles lisent Bergson, et rêvent de Paris, comment se pourrait-il que des parents intelligents ne cherchassent pas à initier leurs enfants à notre langue et à notre méthode ? Après tout, nous ne faisons que continuer une tradition. A qui s’adressaient les rois et principautés des Allemagnes pour former l’esprit de leurs enfants, sinon à des professeurs français ? Ce que faisaient des princes même prussiens, pourquoi des bourgeois mayençais s’y refuseraient-ils ? Tout être cultivé sait bien que notre langue est maîtresse de politesse et de raison.

Jean Bon Saint-André le comprit, qui créa en 1805 le premier Lycée français de Mayence ; et les Mayençais répondirent à son appel. Les paroles qu’il prononça devant les autorités de la ville le jour de l’inauguration le 29 novembre 1805, semblent d’aujourd’hui, et nous pouvons les redire aux Rhénans : « Vous marchez sur des ruines, et l’éclat de votre prospérité passée n’est pas rétabli, mais compteriez-vous pour rien l’avantage d’être unis à une nation puissante et généreuse ?… Les sciences étaient cultivées par vous, elles le seront encore, et ces noms fameux, dont s’enorgueillit l’Allemagne, trouveront ici ce point intermédiaire qui leur manquait, pour former une chaîne continue entre le Nord et le Midi de l’Europe, et lier entre eux par une