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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/915

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charmer, deux fois aussi, nous venons heureusement d’avoir, dans Masques et Bergamasques, à l’Opéra-Comique, un délicieux échantillon, musical et décoratif, de notre art et de notre goût français.

Oui, les raisons du cœur elles-mêmes, raisons patriotiques ici, nous font souhaiter une Russie un peu plus discrète. Après le gala de l’Opéra « pour les Russes malheureux, » n’en donnera-t-on pas un pour les Français malheureux par les Russes ? Hélas ! de combien et de quels malheurs ! Aussi bien, n’en doutez pas, nos ennemis eux-mêmes auront leur tour, ou leur retour. Je nommerais, — mais je ne le nommerai point, — certain imprésario tout prêt à nous ramener, oh ! pas avant un an ou deux ! un célèbre chef d’orchestre allemand aussi digne de notre admiration que de notre haine. Hier, une association de musiciens français a trouvé bon de désigner l’un de ses membres pour aller la représenter, — en pays neutre, il est vrai, mais tout de même ! — à certain festival où ne furent exécutées, quinze jours durant, que les œuvres de l’Autrichien Gustav Mahler. Enfin, à Paris, quand j’entends acclamer le Rheingold ou la Walkyrie, je ne puis oublier que des milliers, des centaines de milliers de nos soldats sont tombés devant des lignes qui portaient les noms de Wotan, de Siegfried et de Brunnhilde, et je m’étonne alors que dans l’âme de la foule il n’y ait pas plus de douleur et de colère que de joie.


CAMILLE BELLAIGUE.


Le Saint-Christophe de M. Vincent d’Indy vient à peine d’être joué à l’Opéra. L’Opéra-Comique nous promet Cosi fan tutte pour les derniers jours de ce mois. Nous parlerons de l’un et de l’autre, — ou des autres, — dans une prochaine chronique. En attendant l’adorable opéra de Mozart, et pour vous y préparer, lisez, ou relisez les pages que lui consacra naguère un certain Frédéric-Thomas Graindorge, dont le vrai nom, (cela pour notre voisine de Méphistophélès), était Hippolyte Taine.


C. B.