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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/867

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il faut toujours avoir l’esprit éveillé pour les recueillir, mais bien entendu, en les contrôlant avec un sévère esprit de discernement.

Quand on est à même d’interpréter magistralement les grands rôles classiques, on peut, — à la condition de rester dans son emploi, — traduire toutes les notations de « l’âme moderne. » Il n’est pas jusqu’à cette « familiarité » que l’on réclame aujourd’hui, et qui fut toujours le fond du génie des artistes supérieurs ; mais cette simplicité n’excluait ni le style, ni la grandeur. Cette « simplicité apparente » ne doit dégénérer ni en pauvreté, ni surtout en vulgarité. On ne nous entretient plus, dans le petit monde du théâtre, que de « libération. » Libération de quoi ?… Dans le Grand Répertoire, la jeunesse actuelle, sous ce prétexte de « libération, » s’habitue à ne plus rien donner du tout ! Je vois ainsi, chaque jour, quantité de rôles s’évanouir à cause d’une interprétation « simplifiée » au point de devenir inexistante. C’est à ce danger que devront veiller plus que jamais les excellents « meneurs de jeu. »


* * *

A chaque demi-siècle, il semble qu’on veuille introduire un esprit soi-disant nouveau dans l’interprétation des plus fameux ouvrages. Eu ce qui concerne la tradition de Molière, depuis Gœthe et ses « suivants » romantiques, on crut devoir infléchir l’œuvre du génial comique vers la « gravité, » voire le tragique ! Le poète des Cariatides protestait, à l’Odéon, en 1851, contre le mal à l’état latent :

Peuple, je suis la Comédie,
La Muse au sourire effronté
Que fuit la sottise, assourdie
Aux carillons de sa gaité.
Je fus sa première maîtresse,
Et si, pour le Peuple enchanté
Dans un souvenir d’allégresse
Molière doit être chanté,
C’est par Moi, c’est par mon délire ;
Car bohémienne du ciel,
Molière me doit son sourire
Et ce sourire est immortel !

La force vivifiante qui se dégageait de l’œuvre du grand