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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/852

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poursuivirent dans les centres urbains et industriels d’Udine, de Bellune, de Vittorio, de Conegliano, d’Agordo et autres. Par l’ordre du 3 novembre 1917, le général allemand von Below s’attribuait le droit de disposer en totalité des vivres, des établissements économiques et des immeubles.

D’ailleurs, observe le rapporteur italien, les ordonnances et autres actes officiels ne suffisant pas à donner l’idée des spoliations dont les provinces envahies furent les victimes. La réalité des faits est autrement douloureuse que ne pourrait le faire penser la lecture des affiches et notifications. Celles-ci conservent la façade d’une bureaucratie hypocrite, qui cache ses desseins pervers sous des euphémismes et des réticences cauteleuses. La plupart des publications ne furent faites que plusieurs semaines après l’invasion : pendant cette première période, ce fut, nous traduisons littéralement, « un véritable sac (sacclipggio) sans frein ni loi, des dépréciations continuelles, au moyen d’abus, de vols, de rapines, d’extorsions individuelles. » Néanmoins, ajoute le rapport, les actes officiels présentent un intérêt capital, en ce sens que la teneur en indique le propos délibéré de l’ennemi de procéder à une spoliation méthodique et complète. Ils constituent la preuve indéniable qu’il a violé les lois de la guerre. Quand les mêmes actes contiennent des dispositions qui auraient dû mettre un frein aux enlèvements ou aux destructions, et qu’il résulte d’autres témoignages que les limites énoncées n’ont pas été observées, ce sont ces proclamations elles-mêmes qui se dressent contre l’agresseur, en démontrant l’étendue de sa faute et en prouvant qu’il n’a ni voulu ni pu respecter les bornes posées par lui.

Les envahisseurs ont opéré la confiscation la plus méthodique, la plus complète et la plus injustifiée de ce qui appartenait aux habitants qui avaient quitté leurs demeures. Sur 1 151 000, il en était parti plus de 208 000, dont l’avoir représentait beaucoup plus du cinquième de la fortune des provinces en question, parce que c’étaient surtout les gens aisés qui s’étaient retirés. Une fois de plus nous traduisons littéralement le rapport italien : « Cette spoliation sous forme d’un pillage « intégral semblerait invraisemblable, si elle n’était conforme « a une mentalité dont les exemples abondent, si elle n’était « attestée par une foule de témoignages concordants, et si on « n’en retrouvait la preuve indéniable dans les documents