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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/791

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comment finit la guerre.

prêtes. Mais nous recevions tous les jours des blessés des premiers mois de la bataille, qui rejoignaient après guérison dans la proportion de 88 pour 100. Comme nos pertes allaient en diminuant et se trouvaient déjà dans une proportion très inférieure à 88 pour 100 par rapport à celles des premiers mois, cette seule récupération qui s’exerçait sur une masse de 675 000 blessés allait suffire à les combler, si les hostilités se prolongeaient dans les mêmes conditions, et nous avons vu qu’elles allaient en s’améliorant de plus en plus rapidement. La prolongation des hostilités se présentait donc de notre côté dans des conditions extrêmement favorables, sous le rapport des effectifs comme sous tous les autres.

Avant d’examiner l’état des effectifs ennemis, jetons un coup d œil sur le parti que la France a tiré des ressources de ses colonies : la question est d’importance.


L’aide militaire que la France a trouvée dans ses colonies mérite une mention spéciale. Il faut y insister, parce que ce concours intéresse au plus haut point le présent et l’avenir.

L’emploi de nos indigènes coloniaux dans la défense nationale s’était heurté à des préjugés, à une routine tenace, à un particularisme puissant, enfin à l’idée préconçue que la guerre courte enlevait tout intérêt à des ressources trop lointaines et ne permettrait même pas l’utilisation de tous les contingents métropolitains. On professait à l’État-major de l’armée que la première grande bataille se livrerait entre le dix-septième et le vingt-troisième jour de la mobilisation ; quel qu’en fût le résultat, le vaincu pourrait peut-être se ressaisir à la fin du deuxième mois pour un nouvel effort, dans des conditions déplorables, mais ce serait le dernier. En somme, le sort de la guerre dépendait de la première grande bataille. C’est à cette idée préconçue que répondait le lieutenant-colonel Mangin en 1911 : « Tout en faisant les derniers efforts pour assurer le succès de cette première bataille, où nos troupes noires peuvent jouer un rôle décisif, il ne faudrait pas considérer que nous serions irrémédiablement perdus si le sort des armes nous était une fois défavorable. Ce serait le plus dangereux des états d’esprit. Le succès final nous attend dans une lutte de longue durée, où la puissance du crédit, la maîtrise de la mer, l’entrée en ligne