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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/713

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soutenons, avec des effectifs très réduits, une lutte âpre et inégale contre un ennemi brave, bien armé, largement approvisionné, conduit par des chefs qui ont fait la Grande Guerre. On a offert au Président Wilson la tâche délicate de fixer les frontières de l’Arménie et il l’a bravement acceptée. Mais il est malheureusement à craindre que ni son arbitrage ni les dispositions générales du traité ne ramènent la paix en Asie-Mineure, et les gouvernements alliés ont encore dans le Levant de longues perspectives d’embarras communs. Quelque accueil que fassent les Turcs au document qui leur a été remis, ce ne seront, ici non plus, ni des papiers, ni des signatures, qui mettront fin aux conflits d’intérêts, et les innombrables problèmes posés ne se résoudront qu’avec l’assentiment des peuples et la ratification des faits. Aujourd’hui encore, d’ailleurs, c’est l’exécution du traité de Versailles qui retient surtout notre attention et qui nous inspire le plus d’inquiétude. Pour emprunter au maréchal Foch la métaphore par laquelle il décrivait la marche finale des grandes victoires militaires, il semble que, par la volonté persévérante des uns et par la résignation des autres, nous glissions peu à peu, « comme sur un plan incliné, » vers la révision du traité.

Avec une franchise qui l’honore, bien qu’elle ne soit pas pour nous rassurer, M. Asquith a entrepris, en Angleterre, une campagne en faveur de cette révision et il s’est approprié, en grande partie, cette spécieuse argumentation de M. Keynes dont MM. Raphaël-Georges Lévy et Henri Hauser ont présenté, en France, une réfutation péremptoire. Mais, lorsqu’au lieu de M. Asquith ou de Lord Robert Cecil, nous entendons M. Lloyd George ou M. Bonar Law, c’est un son de cloche très différent. Personne ne songe à réviser le traité. Tout le monde est, au contraire, résolu à le respecter et à l’appliquer. C’est l’arche sainte. On n’y touchera pas. Que ceux qui redoutent de le voir modifié se tranquillisent ! Ni M. Asquith, ni M. Keynes, n’ont aucune influence sur le cabinet britannique.

Il est vrai que, pour la livraison des coupables, d’abord demandée par l’Angleterre elle-même, les Alliés ont abandonné leur réclamation et donné ainsi à l’Allemagne une première impression de mollesse qui a naturellement encouragé toutes les prétentions à une résistance systématique et généralisée. Il est vrai que, pour le désarmement, les Alliés ont accordé à l’Allemagne, par une faveur insigne, des conditions plus avantageuses que celles du traité et consenti, sous prétexte de nécessités policières, à une augmentation des effectifs. Il est vrai qu’on a ainsi donné successivement deux ou trois