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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/712

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des dernières tentatives révolutionnaires et à l’avortement piteux de la grève générale. Approuvé par l’immense majorité de la Chambre, le cabinet a victorieusement expliqué la conduite qu’il avait tenue en présence des menaces de désordre. « Nous ne sommes pas des briseurs de grèves, a précisé M. Steeg, mais des briseurs de guerre civile. » — « Nous étions tout prêts à collaborer avec la Confédération générale du travail dans la préparation du projet relatif au régime des chemins de fer, a dit M. Le Trocquer, mais nous n’étions pas disposés à abdiquer. » — « Si le gouvernement avait cédé, a très exactement remarqué M. Millerand, le problème de la souveraineté était résolu. C’était le triomphe de ce régime abominable et qui ne peut pas durer, de la grève pour la grève. » Et il a ajouté éloquemment : « Cette Chambre, toute pénétrée encore de la fraternité des tranchées, sait bien que son premier devoir est de la réaliser dans l’ordre. » La Chambre a entendu cet appel et elle a félicité le gouvernement de n’avoir pas cédé. Elle a rendu également un solennel hommage à la sagesse des travailleurs, qui, pour la plupart, ne se sont pas laissé détourner par les mauvais conseils et qui ont admirablement compris combien serait aujourd’hui funeste un ralentissement même momentané de l’activité nationale. Ces remerciements qui s’adressent aux ouvriers et au gouvernement, il est équitable de les étendre aux volontaires, jeunes et vieux, qui se sont offerts pour empêcher l’interruption des servions publics et qui ont donné, non sans courage parfois, l’exemple du devoir civique simplement accompli. Espérons maintenant que le méchant rêve qui a troublé la France est définitivement évanoui. Au lendemain de nos grands deuils et de nos prodigieux sacrifices, nos nerfs se sont, d’abord, momentanément détendus ; nous nous sommes assoupis et nous avons vu en songe une vague de paresse, venue des profondeurs de l’abîme, qui déferlait tout à coup sur nos rivages désolés. En se retirant, elle a laissé un peu d’écume sur la grève. Le soleil et le vent ont balayé tout cela. Réveillons-nous et travaillons.

La vigilance et l’action nous sont d’autant plus nécessaires que, si, à l’intérieur, les difficultés les plus graves sont heureusement écartées, elles ne cessent, en revanche, de s’accumuler à l’extérieur. Nous verrons bientôt que le traité turc contient de formidables réserves de matières explosibles, et que notre situation en Orient va toujours s’aggravant. En Syrie, nous restons en butte à l’hostilité caractérisée du Gouvernement de Damas, par suite de la faiblesse complaisante ou de la duplicité de l’Émir; en Cilicie, nous